Les roquettes palestiniennes ntaient pas envoys pour tuer ou pour dtruire mais pour tester la dfense isralienne et la qualit de raction du systme Dme de fer. A la demande de Thran.

Aprs plus dune semaine de conflit militaire entre le Hamas et Isral, les stratges et les analystes de ltat-major isralien essaient de comprendre pourquoi le Hamas sest lance dans une aventure destructrice, voue lchec, en sachant quil navait aucune chance de russir face une arme puissante. Comme si, trangement, ctaient les militaires israliens qui narrivaient pas admettre les checs des tirs de roquettes lancs depuis Gaza.

Bien sr le systme antimissiles Dme de fer a montr son efficacit en dtruisant plus de 80% des armes volantes, mais il est difficile de croire lincomptence des lanceurs palestiniens quand on voit le nombre lev de roquettes qui atterrissent sur un terrain vague. Les experts militaires estiment dsormais que les centaines de projectiles lancs ntaient pas envoys pour tuer ou pour dtruire mais pour tester la dfense isralienne et la qualit de raction du systme Dme de fer. Le Hamas tait en mission commande au profit des ennemis naturels dIsral, lIran et le Hezbollah qui nont jamais renonc dtruire Isral malgr leur implication dans dautres conflits au Moyen-Orient.

Cette alliance chiites-sunnites peut paraitre paradoxale mais elle entre dans une stratgie toujours suivie par les Iraniens au Proche-Orient. Cette stratgie consiste fusionner deux logiques politiques et identitaires : celle du front du refus iranien qui peut-tre soit sunnite ou chiite mais qui rejette Isral, les tats-Unis et l'Occident; et celle de laxe chiite qui met en avant les revendications et les intrts des minorits chiites. Cela explique que lIran entretienne des relations avec deux mouvements classs comme terroristes par les pays occidentaux et qui devraient normalement se confronter : le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

Le rle du Hezbollah chiite dans la rsistance loccupation isralienne, puis son rle contre larme isralienne durant la guerre du Liban en 2006 ont donn cette organisation un prestige rel dans le monde arabo-musulman qui dpasse le clivage chiites-sunnites. LIran a dvelopp durant la dernire dcennie des relations troites avec le Hamas par le biais de soutien politique, de financements caritatifs et de livraisons darmes via le Soudan et lgypte. Par ces positions, lIran peut donc se poser en leader du front du refus, en hraut panislamique de la cause palestinienne trahie par les pays arabes et les monarchies du Golfe. Le Hamas compltement isol depuis le changement de rgime en gypte sest donc tourn vers lIran chiite.

Cest ainsi que le 12 juillet 2014, Oussama Hamdan, le plus haut reprsentant de Hamas en Liban et membre du bureau politique de l'organisation, avait abond dans ce sens en annonant la coordination sur le terrain de la Rsistance islamique avec le Hezbollah libanais dans la lutte contre lennemi sioniste. Il a voqu lchange dexprience entre le Hamas et les autres parties pour souligner : il y a une sorte de coopration et de coordination permanente sur le terrain; aujourdhui les relations du Hamas avec le Hezbollah et lIran sont meilleures que certains simaginent.

Un arsenal presque intact

Depuis deux ans, les organisations armes de la bande de Gaza se sont dotes de missiles longue porte grce aux tunnels de contrebande avec lgypte. Le Djihad islamique possde des Fajr-5, de fabrication iranienne, offerts par le Hezbollah libanais. Ils peuvent transporter 90 kg dexplosifs une distance de 75 km. En novembre 2012, le chef des Gardiens de la Rvolution iraniens avait reconnu avoir approvisionn Gaza en missiles de ce type pour atteindre Tel Aviv.

Des M-302 de conception syrienne pouvant atteindre 160 kilomtres ont aussi t utiliss ces derniers jours. Le Hamas a aussi une production locale de M-75, dune porte de 100 km. Or le Hamas a peu utilis certains matriels volus. Lattention des experts israliens a t attire par les missiles allgs qui ne contenaient pas dexplosifs pour allonger leur porte. Lobjectif tait en fait de pntrer le plus loin possible lintrieur dIsral pour terroriser certes la population mais surtout pour tester la totalit du territoire isralien.

Selon les experts de la dfense isralienne, le Hamas dispose de prs de 10.000 missiles dont peine 3.000 viennent dtre dtruits. La thorie tendant faire croire que le Hamas cherchait viser une cible stratgique isralienne pour faire de nombreuses victimes ne tient pas. Lefficacit des systmes Dme de fer aurait d persuader le Hamas de linanit de ses attaques et le dcourager poursuivre inutilement des lancements striles et coteux sachant que cela entrainait des frappes israliennes de plus en plus destructrices en hommes et en matriels.

Or le Hamas avait reu une mission de la part de ses allis, lIran et le Hezbollah, consistant tester le systme antimissiles dans toutes les conditions dune guerre totale et massive. Lobjectif tait de tirer le maximum de roquettes simultanment pour dtecter la saturation du systme de dfense antimissile Dme de fer. La chute de certains missiles sur des zones civiles ntait pas la finalit mais il fallait prouver que la protection isralienne ntait pas totalement tanche et que le systme Dme de fer avait des limites.

Dans la nuit du 12 Juillet, le Hamas avait prvenu la population dun barrage de roquettes sur Tel Aviv prcisment 21h. Il sagissait dun dfi risqu sil ntait pas rempli. A lheure dite, la ville avait retenu son souffle; tout stait arrt mais le dluge de feu avait fait long feu. Le Hamas ne stait pas lanc la lgre dans un dfi irralisable mais il avait gagn au moins une victoire psychologique et mesur en temps rel la capacit de mobilisation des moyens scuritaires israliens face une attaque massive de missiles.

On a raill linefficacit des roquettes alors que lobjectif du Hamas tait ailleurs. Les lancements de missiles sur le sud, centre et le nord constituaient en fait une opration de diversion pour dtourner lattention des objectifs rels viss : tester la dfense de la capitale conomique, Tel-Aviv, de la centrale nuclaire de Dimona dans le Nguev, de lusine dlectricit de Hadera et de laroport international Ben Gourion en passant par les installations portuaires dAshdod et Ashkelon.

Il mettait galement au point en fait les mesures de son systme de guidage pour une utilisation ultrieure en temps rel. Le drone qui a t abattu au large dAshdod avait la mme mission, non pas de dtruire ou de tuer, mais de se rapprocher de la cte isralienne pour enregistrer des informations scuritaires qui ont eu le temps dtre transmises avant quil soit dtruit.
LIran et le Hezbollah vont dsormais pouvoir tirer un excellent enseignement prlev sur le terrain mme et surtout exploiter ce que certains qualifient dj de dfaite du Hamas alors quil tait en fait en mission commande.

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