S'il a enfin remporté la Copa America, samedi contre l'Argentine (0-0, 4 tab à 1), le Chili le doit (aussi) à son ancien sélectionneur... argentin, Marcelo Bielsa. Voici pourquoi.
Jorge Sampaoli, le sélectionneur, reconnaît le legs de Marcelo Bielsa. (Reuters)



Parce que Bielsa a décoincé le Chili

L'homme qui a ramené le Chili en Coupe du monde en 2010, après douze ans d'absence, a totalement transformé l'état d'esprit d'une sélection qui avait tendance jusque-là à subir face aux grands du continent sud-américain. C'est d'ailleurs lors de cette campagne de qualification terminée à un point du Brésil que la Roja a battu l'Argentine pour la première fois de son histoire (1-0, le 15 octobre 2008). Les témoignages des joueurs évoquent la capacité du "Loco" à leur inculquer confiance en eux et envie de dominer l'adversaire dans un style offensif fondé sur la prise d'inititiatives. Bielsa est ausssi à l'origine du Clairefontaine chilien (Pinto Duran). Mais son empreinte au Chili, où sa popularité est énorme (ses résultats avec l'OM ont été scrutés toute la saison par la presse locale), ne s'arrête pas là.

Parce que sa méthode a essaimé en clubs

Au-delà de la sélection qu'il a quittée il y a quatre ans (2007-2011), ses idées ont irrigué le football de clubs. Ce n'est pas seulement la mentalité des joueurs qui a évolué mais aussi celle des dirigeants, davantage enclins à confier les clés à des entraîneurs "bielsistes", tournés vers l'avant. Avec des échecs (le premier adjoint de Bielsa, Torrente, avec Cobreloa), mais aussi des résultats spectaculaires, à l'image de la saison de Palestino et de son coach, Pablo Guede, intarissable sur «l'oeuvre de Marcelo Bielsa». Pour la première fois de son histoire, le club de la puissante communauté palestinienne du Chili s'est qualifié pour la Copa Libertadores en éliminant au tour préliminaire les cadors uruguayens du Nacional Montevideo. Le cas n'est pas isolé. Un tiers des équipes du Championnat chilien a adopté le style de jeu prôné par Bielsa, calculait Guede dansFrance Football du 17 juin.

Parce que Sampaoli est son héritier

Comme le racontait Stéphane Kohler, notre envoyé spécial à la Copa, Jorge Sampaoli, le successeur de Bielsa après la parenthèse Claudio Borghi, est un adorateur absolu, capable, lorsqu'il entraînait encore des équipes amateurs, d'écouter «quatorze heures par jour» les enregistrements du maître. Le vainqueur historique de Santiago a toujours admis que le legs était immense. Alexis Sanchez, tireur décisif, ou Claudio Bravo, qui a repoussé la tentative de Banega et a été élu meilleur gardien du tournoi, n'ont-ils pas été transformés par Bielsa? Sa trace technique est plus importante au Chili que dans son pays, dont il a été pourtant plus longtemps le sélectionneur national (1998-2004). Son aura personnelle y est également très grande mais c'est bien sûr du Chili qu'ont afflué les tweets dans la nuit: «Gracias Bielsa!».