Prénoms : la législation française


En France, les jeunes parents peuvent relativement se faire plaisir dans le choix du prénom de leur enfant, à condition qu’il ne lui porte pas préjudice. Si c’est le cas, l’officier d’état civil saisit le Procureur de la République, qui peut, si nécessaire, informer le juge aux affaires familiales. Ce fut notamment le cas, en 2009, pour un couple de l’Oise, qui avait baptisé leur fils Titeuf. Le juge aux affaires familiales avait estimé que ce prénom était « contraire au droit de l'enfant ». Loin de baisser les bras, les parents étaient allés jusqu’en Cour de cassation, en vain.

Fin 2011, ce sont les parents d’un petit Deamon qui ont dû changer le prénom de leur fils, choisi en référence à un personnage de la série « Vampire Diaries ». Eh oui, on est fan où on ne l’est pas ! En 2010, des parents ont même choisi de prénommer leur fils, MJ en hommage au roi de la pop Michael Jackson. En 2012, la justice leur ordonna de changer le prénom de leur enfant. Le bébé sera finalement baptisé… Jean.

L’affaire la plus emblématique est certainement celle de la petite Mégane Renaud. En 2000, les parents de la fillette avaient dû plaider le droit de prénommer leur enfant comme la voiture du constructeur automobile. Aux yeux de la justice, le prénom « Mégane » n’était pas contraire à l’intérêt de l’enfant, sauf dans ce cas, en raison de l’association avec leur nom de famille.

Choix du prénom : les limites imposées dans les autres pays d’Europe.

Chez nos voisins belges, la législation est assez souple. Cependant, il arrive que la justice interdise certains prénoms. En 2009, des jumelles de Charleroi ont échappé aux prénoms de Vagina et Clitorine. Une autre famille, apparemment geek, avait opté pour le prénom GSM. Il sera finalement refusé. Cependant, une forte communauté turque résidant en Belgique, il n’est pas rare de rencontrer des petits Anus, un prénom turc assez courant. En revanche, ce prénom est interdit au Danemark tout comme Pluto et Monkey.

Aux Pays-Bas, les familles qui souhaitaient prénommer leur bébé Jezus Christus, Rolls Royce, Miracle of Love, Tsjakkalotte et Methadon ont dû, quant à elles, revoir leur choix.

Mais les Suédois sont certainement les plus inventifs. La justice a ainsi rejeté des prénoms comme Superman, Metallica, Elvis ou encore Brfxxccxxmnpcccclllmmnprxvclmnckssqlbb11116 ! Difficile à porter non ? Toutefois, Lego et Google ont tous deux été autorisés !

Arabie Saoudite, Nouvelle-Zélande et Mexique : les prénoms interdits
L’Arabie Saoudite, qui possédait déjà une liste noire de prénoms, l’a rallongée en mars 2014 avec 50 nouveaux prénoms. Parmi lesquels Sandy, Alice, Linda du fait de leur origine non arabe. D’autres, en revanche, qui sont très répandus dans le reste du monde arabe, comme Nabi (prophète), Imen (foi) et ceux faisant référence aux anges comme Malek (Ange) ou Jibril (Gabriel) ne sont plus autorisés pour des raisons religieuses. Par ailleurs, les prénoms Abdennabi ou Abdel Rassoul, signifiant littéralement « serviteur du prophète », Abdel Nasser « serviteur du Victorieux » sont désormais considérés comme hérétiques, la servitude ne pouvant être associée qu’à Dieu dans l’Islam.

Le prénom Benyamin est, quant à lui, visiblement interdit pour des raisons politiques. S’il se réfère au fils du prophète Jacob, dans le Coran, c’est aussi le nom de l’actuel Premier ministre israélien. Enfin, les noms renvoyant à la royauté tels que Amir (prince), Soumouw (Excellence), Malika (Reine) sont désormais bannis. La raison ? Le peuple ne peut s’octroyer les titres de la famille royale.

L’Arabie Saoudite n’est pas le seul pays à avoir érigé un listing de prénoms interdits.

En mai 2013, la Nouvelle-Zélande a aussi décidé d’établir sa propre liste, en se basant sur les demandes d'inscription à l’état civil depuis 2001. De quoi freiner les choix délirants de certains parents. Des prénoms tels que 1th, 2nd ou encore 3rd attribués en fonction de l’ordre d’arrivée des enfants dans la famille ne sont plus autorisés. De même que les diminutifs « MJ », « JP », « DJ » ou les signes de ponctuation. Les chiffres comme 89 ou les lettres I, T, ABC, KLM ou même ABCDEFGHIJKLM sont aussi proscrits. Les titres officiels comme Baron, Duke, General, Justice, King sont également rejetés. Autres prénoms interdits : V8, Lucifer, Anal, Sex Fruit, Fat Boy, et les prénoms de plus de 100 caractères font également partis des prénoms interdits à l’état civil. Avant l’application de cette loi, des parents avaient en effet choisi de prénommer leur fille « Talula Does The Hula From Hawaii », signifiant Talula fait la danse Hula de Hawaï. En 2008, un tribunal aux affaires familiales avait ordonné le changement du prénom de la fillette, alors âgée de 9 ans.

Dernièrement, en février 2014, c’est l’Etat de Sonora, situé dans le nord du Mexique, qui a dressé une liste de prénoms interdits. Au total, 61 prénoms y figurent parmi lesquels Hitler, Facebook, Robocop, Harry Potter, Terminator, Usnavy, Twitter, Yahoo, James Bond, Rambo, Vierge. Pour Cristina Ramirez, directrice du bureau, cette mesure a pour objectif « d’éviter aux enfants d’être maltraités par les autres à cause de leur prénom. Nous savons que ce peut être une souffrance qui affecte la personnalité de l’enfant et son développement ».

Le cas des prénoms berbères au Maghreb

Les prénoms berbères seraient-ils discriminés au Maghreb ? De nombreux cas de refus par l’état civil de prénoms amazighs (berbères du Maroc et d’Algérie) ont été constatés en Algérie. Selon un article du quotidien algérien « Liberté », datant de février 2013, ce phénomène touche tout le territoire. Des prénoms tels que Taknarit, Aylan, Winrigh, Stera… pourtant connus et reconnus dans la région ont été refusés. A Oran, le prénom Massiva a été interdit à un père de famille. Après un combat de cinq ans, il a pu inscrire sa fille à l’état civil.

Au Maroc, la discrimination vis-à-vis des prénoms berbères semble tout aussi palpable. Comme le rapporte le site Slate Afrique, dans un article publié en 2012, les Marocains résidants à l'étranger ont remarqué que les prénoms berbères de leurs enfants ne pouvaient pas être enregistrés dans les registres d'état civil du royaume. L’ancien premier ministre de l'Intérieur Mohad Laenser a récusé ces informations. En effet, il a expliqué que les interdictions de prénoms amazighs par certains consulats du Maroc en Europe, étaient des « exceptions ». « Ces prénoms auraient été interdits parce qu'incompréhensibles, étranges ou ont une signification pouvant nuire aux enfants qui les portent ».

Les Etats-Unis, parmi les plus tolérants en matière de prénoms

Les Etats-Unis fait partie des pays les plus laxistes en matière de prénoms. Et ce, parfois au détriment des enfants. Laura Wattenberg, qui étudie depuis des années les statistiques sur les attributions de prénoms, s’est aperçue, en se basant sur les fichiers officiels de la Social security, que les noms d’armes à feu sont de plus en plus plébiscités. Le nombre de petits Colt a par exemple augmenté de 492 % entre 2002 et 2012. Quant à Remington, il affiche une progression de 360 %. Ruger, nom du premier fabricant d'armes aux Etats-Unis, a su aussi tirer son épingle du jeu. Il explose tous les scores avec une augmentation de 513 %. Néanmoins, bien qu’ils paraissent démesurés, ces chiffres sont à relativiser. Pour l’heure, on ne compte qu'un millier de Colt, 666 Remington et 118 Ruger. Avec les noms d’armes, les réseaux sociaux sont aussi de plus en plus « likés » outre-Atlantique. Quelques Facebook ou Retweets ont été inscrits à l’état civil. Quant au prénom le plus bizarre enregistré, il s’agit de ZZyzx à prononcer, selon ABC News, « Zay-Zix ». En effet, en avril 2014, le site eBabyNames a mené une enquête auprès de ses internautes afin d’élire le prénom le plus ridicule. Selon la Social security administration, ZZyzx a été attribué à au moins 5 nouveau-nés. Dans cette liste, on retrouvait des prénoms comme Zamzam, Jealousy ou encore Lucifer. Heureusement, la justice intervient parfois comme en août 2013 où une juge du Tennessee a changé le nom d'un bébé nommé Messiah (Messie, en anglais) pour Martin. Pour elle, ce prénom aurait créé des problèmes à l’enfant. De rajouter, « le mot « messie » est un titre, et c'est un titre qui est porté par une seule personne. Et cette seule personne, c'est Jésus Christ. » En 2009, c’est un couple du New-Jersey qui s'est vu refuser le prénom Adolf Hitler pour leur petit garçon !

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