Bien qu’ils accusent Washington de se comporter comme une puissance impériale en infligeant de lourdes amendes aux établissements financiers étrangers pour des opérations effectuées loin des frontières américaines, les banques du monde entier n’ont d’autres choix que de se plier aux règles imposées par les Etats-Unis à toutes les institutions désirant effectuer des paiements en dollars.

Effrayés par l’amende de 9 milliards de dollars dont a écopé BNP Paribas pour avoir financé des transactions avec le Soudan, l'Iran et Cuba, les principales banques d'Europe et d'Asie ont déjà commencé à s'adapter aux décisions prises aux Etats-Unis, en prenant leurs distances avec les pays mal vus à Washington, pour éviter d'être à leur tour sanctionnées, voire, pire, d'être exclues des circuits financiers en dollars. Ainsi, plusieurs banques se méfient des transactions avec des entreprises russes. Les banques britanniques Lloyds et HSBC, toutes deux déjà mises à l'amende par Washington pour violation de sanctions, se sont retirées le mois dernier d'un dossier de financement impliquant le groupe pétrolier public russe Rosneft, de crainte de le voir accusés de nouveau de violations des sanctions occidentales infligées à Moscou en raison de la crise en Ukraine.

« Les banques du monde entier ont très peur des autorités américaines. Elles sont moins enclines à faire des opérations avec des contreparties en Russie, à moins de très bien les connaître», affirme Brian Zimbler, associé du cabinet juridique américain Morgan Lewis à Moscou à l’agence Reuters.

«L'obligation faite aux banques de connaître les clients de leurs clients, même dans les pays où l'archivage de ces informations n'est pas organisé, signifie que les banques n'ont guère d'autre choix que de mettre fin à certaines relations, pour ne pas risquer des amendes douloureuses et qui menaceraient leur bilan», explique, de son côté, Anthony Browne, directeur général de la British Bankers'Association (BBA), la fédération bancaire britannique.

Même les banques sanctionnées par Washington n’osent pas tourner le dos au marché américain. BNP Paribas a ainsi choisi d'installer à New York un nouveau département dénommé « Sécurité financière groupe aux Etats-Unis », avec pour mission «de veiller à ce que BNP Paribas respecte dans le monde entier les réglementations des Etats-Unis relatives aux sanctions internationales et aux embargos».

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les grands groupes de négoce de matières premières, comme Glencore, Vitol, Trafigura ou Mercuria cherchent désormais à remplir le vide créé dans le domaine du financement commercial. Glencore a ainsi été retenu le mois dernier par le gouvernement tchadien pour financer l'achat de 1,3 milliard de dollars d'actifs cédés par le groupe pétrolier américain Chevron.

Le procureur de New York, Adam Kaufmann, a rejeté l'idée selon laquelle les Etats-Unis s'engageaient sur la voie d'un «impérialisme financier» en prenant pour cible des banques étrangères, expliquant qu'ils ne faisaient qu'appliquer des règles s'imposant à toutes les institutions désirant effectuer des paiements en dollars. «Si vous avez recours aux institutions financières américaines, vous devez respecter les règles américaines», a-t-il dit.

L’importance du marché des transactions en dollars pour les banques a déjà conduit les autorités financières internationales à tenter de lancer le débat sur l’'harmonisation des politiques nationales en matière de sanctions infligées aux banques. «Je crois que les gens commencent à réaliser qu'il n'est pas très sain d'avoir des approches différentes», a déclaré David Wright, secrétaire général de l'IOSCO (International Organization of Securities Commissions), l'organe de coordination des autorités de marché. En Asie, le durcissement des positions américaines a déjà incité certains régulateurs à se coordonner…

(Agence Ecofin)