Pour le Fonds monétaire international (FMI), cinq pays de la région MENA ont entamé des réformes en matière subventions énergétiques et alimentaires. Les autres, essentiellement des pays producteurs de pétrole, devraient s’y atteler au plus vite, estime l’institution de Bretton Woods.

Dans une étude consacrée à "La réforme des subventions en région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord" (MENA), le Fonds monétaire international (FMI) considèrent que ces subventions énergétiques et alimentaires sont aussi "coûteuses" qu’"inefficaces" et "ne profitent pas aux pauvres". Le Fonds suggère aux pays de la région, qui n’ont pas encore entamé ces réformes de s’y atteler le plus tôt possible, et de préparer leurs opinions publiques sur les coûts engendrés qui constitueront un fardeau de "plus en plus difficile à supporter" à l’avenir. Ces pays sont essentiellement des producteurs de pétrole qui devraient, selon le FMI, anticiper les difficultés à venir en matière de recettes des hydrocarbures.

Selon le FMI, les subventions énergétiques ont coûté près de 237 milliards de dollars en 2011 dans cette région, soit l’équivalent de 48% des subventions mondiales et de 8,6% du PIB des pays du MENA. La part de ces subventions énergétiques dans les pays exportateurs de pétrole de la région MENA s’est élevée à 204 milliards de dollars. Les subventions alimentaires, ont atteint, indique l’étude, 22 milliards de dollars en 2011, soit 0,7% du PIB des pays de la région.

Algérie, Bahreïn, Oman
Avec des horizons de réduction de production de pétrole, certains pays, tels que l’Algérie, le Bahreïn, le sultanat de Oman, sont dans une "nécessité urgente" de lancer des réformes de leurs systèmes de subventions, ajoute encore le FMI. "Dans ces pays, la réforme des subventions pourrait financer des dépenses plus ciblées et mieux protéger les pauvres. Pourrait également soutenir les dépenses de production pour les générations futures une fois que les réserves de pétrole sont épuisées", lit-on dans le document.

Pour le cas de l’Algérie, le FMI estime que les vulnérabilités "budgétaires" liées à l'évolution du secteur des hydrocarbures "se dégradent". "Malgré une consolidation budgétaire en cours, les finances publiques ne sont pas sur une trajectoire soutenable. La politique budgétaire est de facto pro-cyclique (qui baisse pendant les récessions et augmente pendant les expansions, ndlr), et le déficit primaire hors hydrocarbures est bien dessus de son niveau durable à long terme et devrait se traduire en épargne publique négative nette à long terme, en raison de l’absence de réformes pour contenir les dépenses courantes et l’augmentation des recettes", note le document.

Subventions et dépenses d’équipements
Dans un graphique représentant les "subventions énergétiques avant impôts, les dépenses d'équipement et les dépenses sociales" en 2011 (exprimées en % du PIB), l’étude du FMI montre que les pays exportateurs d’hydrocarbures de la région MENA (Iran, Irak, Algérie, Arabie Saoudite, Libye, Bahreïn, Koweït, Oman, EAU, et Qatar), les subventions ne sont pas toujours supérieures aux dépenses d’équipements. C’est le cas de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, de l’Irak, mais particulièrement de Oman et du Qatar où les dépenses d’équipements représentent le double de celle des subventions.

Parmi les pays qui ont entamé des réformes du dossier des subventions, l’étude du FMI cite : l’Égypte, la Jordanie, la Mauritanie, le Maroc, le Soudan, la Tunisie et le Yémen. Ces pays, ajoute le document, "ont accompli le plus de progrès dans la réforme des subventions. Les réformes ont mis l’accent sur l’augmentation des prix des carburants et des tarifs de l’électricité, moins sur les subventions alimentaires, du fait de leur coût budgétaire relativement faible et de leur forte sensibilité sur le plan social".

Le FMI note aussi que "les pays exportateurs de pétrole ont accompli des progrès également, même s’ils ont été plus limités". Les pays cités dans ce chapitre sont : l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn et Dubaï. Ces deux derniers "ont commencé à relever les prix des carburants et de l’électricité", alors que le Koweït "envisage d’éliminer les subventions au diesel".

Les pauvres en profitent le moins
Le FMI estime que "les subventions généralisées aux prix" (…) "ne sont ni bien ciblées ni rentables en tant qu’outil de protection sociale", car si elles "profitent peut-être aux pauvres dans une certaine mesure", il reste que "les riches en sont les principaux bénéficiaires", "car ils consomment davantage de biens subventionnés". C’est le cas de l’Egypte où "40% des plus pauvres de la population n’ont reçu que 3 % des subventions à l’essence". Ceci, en plus du fait, note l’étude du FMI, que les subventions aux produits énergétiques, "ont un coût économique" car elles faussent "les prix relatifs", "ce qui favorise la surconsommation". "En outre, la surconsommation a des effets négatifs sur le trafic routier, la santé et l’environnement".

Enfin, concernant les pays "qui n’ont pas encore engagé de réforme", le FMI leur recommande commencer à "prendre des mesures pour préparer le terrain". Notamment pour "améliorer la transparence" concernant "les coûts et les bénéficiaires des subventions", et "rassembler des données sur la consommation des ménages et la pauvreté qui aideront à mettre en place ou à améliorer les dispositifs de protection sociale".

Maghreb émergent