Si tout se passe bien pour Snips, le français restera invisible pour la plupart des gens. Son rôle est de mettre de l'huile dans les rouages de l'Internet des objets, pour le rendre utile.

Snips est une jeune start-up française discrète et talentueuse. Dans une première vie, elle travaillait à rendre les villes plus « intelligentes » en exploitant les données de grands groupes. L'un de ses aboutissements, l'appli Tranquilien, permet aux voyageurs du Transilien de deviner le taux d'occupation des rames - qui n'est pas dû au hasard. Depuis peu, son nouveau cheval de bataille est d'« effacer la technologie » du quotidien.

Pour y parvenir, Rand Hindi, fondateur et dirigeant de Snips - et élu entrepreneur français de moins de 35 ans de l'année 2014 par le MIT - veut analyser les habitudes de chacun pour y adapter la technologie, peut-on résumer. « Nous espérons que la technologie va devenir si profondément intégrée que nous n'aurons plus besoin d'interagir avec », lit-on sur le site de la start-up. La finalité est de supprimer les interfaces.

« Aujourd'hui, la façon d'interagir avec l'Internet des objets ne marche pas, et ce sera encore moins le cas lorsqu'il y aura 100 milliards d'objets, car les interfaces sont statiques », estime l'entrepreneur. Au lieu de lancer une application pour commander son chauffage, Snips veut automatiser cela grâce à l'apprentissage automatique des comportements et des besoins, et à une dose de prédiction. Et bien sûr généraliser cela.

Ce sera à ce moment, et seulement à ce moment, que les objets connectés « auront du sens », pour Rand Hindi. Commander ce qui s'apparente encore à des gadgets, avec son smartphone, comme c'est le cas en 2015, n'est qu'une étape intermédiaire dans le développement de ce futur écosystème « intelligent ». Il ne sera pas viable, à terme, de tout gérer ainsi. C'est pour cela que Snips veut tout opérer de façon transparente pour l'utilisateur, « comme l'électricité, qu'on ne voit plus », compare le docteur en bio-informatique.

D'abord, le smartphone

Pour l'instant, il ne sait pas encore exactement comment cette couche prendra forme. Il suppose que ce sera une interface de programmation (API), connectant tous les objets et prenant en compte les données nécessaires pour les rendre utiles. Mais l'équipe de Snips n'a pas la tête dans les nuages. Avant d'atteindre ce but ultime, elle évolue de façon réaliste, et pose de premiers jalons, afin d'optimiser les outils actuels.

Pour l'instant, c'est sur smartphone que cela se passe. Cet été, Snips fera ses armes avec un clavier pour iOS capable de suggérer les adresses susceptibles de nous intéresser, en prenant en compte nos déplacements, conversations, ou localisation - comme le fait Google dans son application de cartographie Maps. Plus tard, la start-up imagine « éclater » les différentes fonctions des applications d'un smartphone pour les pousser au bon moment. Un sujet que Google et Apple prennent à bras le corps avec Now on Tap et Proactive.

À quoi ça sert ? « Par exemple, si une personne souhaite aller quelque part, son application de transport favorite apparaîtra avec la bonne adresse de destination pré-remplie », illustre Snips. « La technologie va analyser les données de localisation sur le smartphone pour déterminer ses habitudes, comme sa façon de se déplacer, d'aller à sa salle de sport, ou ses emplacements du vendredi soir. Elle étudiera aussi son agenda et extraira automatiquement les informations de localisation avec du langage naturel. »

Des investisseurs y croient

Afin de soutenir l'équipe, plusieurs investisseurs viennent d'apporter 6,3 millions de dollars au capital de l'entreprise. Il s'agit des fonds américains The Hive, Eniac Ventures et 500 Startups, de l'investisseur britannique Brent Hoberman, du fondateur d'Iliad Xavier Niel, et de Bpifrance. Snips en profite pour accueillir notamment le cofondateur d'Appsfire, Yann Lechelle, en tant que directeur des opérations.

Cette levée de fonds va permettre à la société d'étoffer ses rangs, qui comptent actuellement 18 salariés, dont un tiers de docteurs. Snips atteindra bientôt 40 personnes, dont 35 ingénieurs et data scientists.