Le groupe jihadiste libyen Ansar al-Sharia s'en est pris violemment mardi 27 mai à ses adversaires, les menaçant de transformer le pays en une nouvelle Syrie.

Il a lancé ce sérieux avertissement lors d'une conférence de presse destinée à dénoncer "l'Opération Dignité" du général Khalifa Haftar.

"Nous remercions Dieu d'avoir pu battre Haftar et le mettons au défi de tenter d'entrer une nouvelle fois dans Benghazi. Nous l'avertissons que s'il poursuit cette guerre contre nous, les Musulmans du monde entier viendront combattre, comme ils le font aujourd'hui en Syrie", a déclaré le leader d'Ansar al-Sharia Mohamed al-Zawahi, des propos rapportés par le Libya Herald

Le chef de ce groupe affilié à al-Qaida a ensuite qualifié Haftar de "nouveau Kadhafi", a indiqué l'AFP. "S'il poursuit cette sale guerre, il ouvrira sur lui et sur l'ensemble de la région les portes de l'enfer", a déclaré al-Zawahi.

Ce message a été lancé alors que la Libye connaît une vague de violence que beaucoup imputent aux milices islamistes hors-la-loi.

Lundi, le célèbre journaliste libyen Meftah Bouzid a été abattu en plein jour dans le centre de Benghazi. Bouzid, éditorialiste à Brnieq, était un critique affiché des groupes jihadistes.

Mardi, un étudiant libyen a été victime de ce bain de sang. La tête de ce jeune homme a été retrouvée dans la mosquée Sabaha de Derna, a indiqué le Libya Herald.

Selon des témoins, Turkawi s'en était pris à des membres de l'Armée islamique de Derna qui avaient saisi sa voiture à un poste de contrôle.

"Derna est considérée comme le terreau et le point de départ des combattants jihadistes extrémistes, qui profitent du terrain difficile offert par la situation montagneuse de la ville", a expliqué Salah Mohamed, ingénieur en informatique de 35 ans. "Derna est ainsi considérée par al-Qaida et les groupes islamiques combattants comme l'une de leurs extensions."

Pour sa part, Hanane Massoun, élève dans un lycée de Derna, estime que la Libye est devenue "un pays effrayant, sans sécurité si sûreté".

"Vous êtes en danger où que vous soyez, chez vous ou dans la rue. C'est ce que nous vivons à Derna", ajoute-t-elle.

Mardiya Faraj, enseignante de 37 ans, affirme qu'Ansar al-Sharia "veut imposer son idéologie au peuple pour le contrôler, alors qu'ils font ce qu'ils veulent, et non ce que veut Allah".

"Nous voulons l'armée et la police, pas ces jeunes hommes masqués et leurs armes qui nous font peur", ajoute-t-elle.

"Le gouvernement doit faire quelque chose contre ces terroristes armés", explique quant à lui Yousef al-Sharif, employé du gouvernement à Tripoli. "Les choses ont évolué et ils doivent faire quelque chose, et ne pas se contenter de déclarations et de condamnations. Ils ont désigné Ansar al-Sharia comme un groupe terroriste et ont trouvé des terroristes à Syrte, Benghazi et Derna, mais rien n'a été fait. Les gens sont très inquiets."

Laila Yousef al-Maslati, enseignante en lycée, se dit également très préoccupée par ces violences.

"Les attaques terroristes et les assassinats ont augmenté, et la situation sécuritaire à Tripoli et à Benghazi est très tendue", explique-t-elle.

"Nous devons mettre en place l'armée et la police et soutenir les institutions sécuritaires en Libye. Je demande aux Libyens d'apporter leur soutien aux institutions sécuritaires et militaires de l'Etat, nous avons besoin d'actes, pas seulement de mots", ajoute-t-elle.

Magharebia