Il y a eu bel et bien un incident diplomatique mais la bourde de Marzouki ne portait pas sur le Sahara occidental mais sur une autre question infiniment plus grave. Le roi du Maroc a t certes outr mais pas au point dinsulter lusurpateur de Carthage, comme lont rvl nos confrres de Business News. Retour sur une affaire que certains, des tunisiens comme des marocains, cherchent touffer.




Le roi du Maroc Mohamed VI, avec l'usurpateur de Carthage et sujet de son altesse royale.

Linformation devenue affaire a commenc hier, 31 mai, lorsque Business News a rvl quun diffrend a clat entre le roi du Maroc Mohamed VI et le prsident tunisien Moncef Marzouki suite la remise sur le tapis du conflit du Sahara occidental, problmatique aborde par Moncef Marzouki . Selon notre confrre, La discussion, tenue hier, a fini par une insulte de la part du roi du Maroc contre le prsident tunisien et ce premier aurait annonc le gel du reste de ses activits prvues dans la journe .

Comme le rapporte le directeur de Business News dans son article explicatif et justificateur daujourdhui, cinq minutes aprs la publication de linformation incrimine, cest Adnne Mansar, qui fait office de porte-parole du prsident usurpateur, qui appelle Nizar Bahloul pour dmentir dune manire catgorique linformation en question. Plus tard dans la soire, deux autres personnes montent au crneau pour dmentir leur tour, Imed Dami, secrtaire gnral du fantomatique CPR, et Rached Ghannouchi, guide suprme des Frres musulmans tunisiens. On passe sur le dchainement hystrique et sur les injures des canailles intgristes et cpristes lencontre de Nizar Bahloul.

Notre rdaction a essay depuis hier den savoir plus sur cette affaire. Grace nos amis au ministre des Affaires trangres, nous sommes en mesure daffirmer, malgr le dmenti officiel du cabinet royal, quil y a eu bel et bien un grave incident diplomatique entre le prsident usurpateur et son hte, le roi Mohamed VI. Linformation rvle par Business News est donc parfaitement exacte, mais nos confrres ont t dsabuss sur deux points. Primo, le sujet qui a effectivement fch le roi du Maroc nest pas la question du Sahara occidentale mais un autre pas moins sensible. Secundo, ce nest pas Mohamed VI qui sest emport - ceux qui connaissent le roi du Maroc savent quil nest pas du genre semporter facilement, encore moins injurier son interlocuteur-, mais le prsident usurpateur dont les proches, les amis et les conseillers connaissent trs bien limpulsivit et la maladresse politique.

Selon le rcit qui nous a t fait par un haut fonctionnaire du ministre des Affaires trangres, que nous avons recoup avec la version dun ancien membre du CPR, le sujet qui a nerv Moncef Marzouki et excd le roi du Maroc est le dossier islamiste. Selon toute vraisemblance, lchange a commenc par les vnements en Libye et la nouvelle approche, semble t-il maghrbine, de faire face au danger terroriste. La discussion aurait alors vite tourne la question de lavenir des Frres musulmans dans la rgion, aprs llection dAbdellfattah Al-Sissi et le changement total de la donne.

Mohamed VI aurait, de faon trs diplomatique, conseill Marzouki de ne pas trop simpliquer dans le conflit interne libyen et de rtablir des relations cordiales avec le nouveau pouvoir au Caire, qui mne une campagne dradication des Frres musulmans. Certains voquent mme une allusion du souverain marocain aux liaisons un peu trop voyantes entre Marzouki et Ennahda, et tout particulirement avec Rached Ghannouchi, qui est membre important de la direction secrte des Frres musulmans dans le monde.

Cest alors que lusurpateur de Carthage sest lanc dans une diatribe contre Abdelfattah Al-Sissi et Khalifa Haftar, insinuant que son pays ne traitera pas avec les putschistes et que non seulement la Tunisie, mais lensemble des pays du Maghreb nont pas dautres choix que de composer avec les mouvances islamistes. Cest la phrase de trop qui aurait fortement contrari Mohamed VI, dont les relations avec ses propres islamistes au sein du gouvernement sont de plus en plus tendues. Certains mdias arabes disent mme que parmi les dossiers qui devaient tre discuts Tunis, la question islamiste, qui a pralablement fait lobjet dune longue ngociation et consensus entre le roi du Maroc et celui dArabie Saoudite, lui aussi en guerre contre les Frres musulmans.

Telle est selon nous la version exacte de lincident diplomatique survenu Carthage. Elle nous parait dautant plus probable que lun des premiers ragir contre linformation publie par Business News a t Rached Ghannouchi, qui ne peut quapprcier le courage et la loyaut du pion quil a plac Carthage. Et celui-ci a bien besoin de montrer sa servilit lgard des islamistes pour les prochaines lections en Tunisie.

On rappellera que la question du Sahara occidental ne peut pas tre un point de discorde entre Mohamed VI et lusurpateur de Carthage, puisque celui-ci a toujours t contre le Polisario et la cration dun Etat Sahraoui, pas par alination au Maroc, mais au nom de lunit du Maghreb quil ne faut pas encore fractionner par la naissance dun sixime Etat! Cest crit noir sur blanc dans son livre Le mal arabe , dit chez LHarmattan en 2004.

Nebil Ben Yahmed