par Nabil De SBIHA
Le Quotidien dOran
25 mai 2014
opinion - rubrique Dbat

extraits

Le libre-change et ses avantages comparatifs que dfend notre intelligentsia dans loptique dun dveloppement de lconomie nationale est une tromperie majeure.

Disons-le au passage, gnralement cette lite intellectuelle dfend la libralisation du march algrien parce quelle a, plus ou moins, des intrts qui coexistent avec ceux des privs. Il sagit en grande partie de lensemble de llite au pouvoir , (cf. C.W. Mills, lElite au pouvoir) comme les gnraux-importateurs ou les hommes daffaires qui traitent avec les militaires et les hommes politiques.


Mais pour rpondre ces intellectuels faussaires, nous allons faire appel James K. Galbraith : La voie royale pour sortir du sous-dveloppement est la diversification efficace, pas la spcialisation, et une diversification efficace exige un usage stratgique de la politique commerciale []. De fait, aucun pays du monde qui ont vraiment russi dans le commerce, dont le Japon, la Core du Sud, Taiwan et prsent la Chine Continentale, nest parvenu son statut actuel en adoptant des rgles commerciales nolibrales.


Parmi les autres points cruciaux dans cette drglementation et cette libralisation tout va, que demande lOMC, lAlgrie retient sa position sur la politique des prix. En effet, lAlgrie considre que certains biens et services sont dune nature stratgique et peuvent en consquence tre administrs par ltat.

Un certain nombre de produits alimentaires sont fixs par ladministration centrale, de mme pour les prix des produits nergtiques (hydrocarbures et lectricit), des mdicaments et des transports.


Au fait, certaines personnes, dites librales, vont demander les raisons derrire une administration des prix, tout en avanant la loi de loffre et de la demande, cense rguler les marchs concurrentiels . Question trange dailleurs ! Notons seulement que cela pargne au citoyen Algrien le joug des grandes firmes bancaires internationales, qui spculent sans cesse et sans vergogne sur les produits alimentaires de base
Affamant ainsi des millions de gens travers la plante.

Cest aussi lunique moyen pour que lAlgrien moyen ne soit pas la merci de lhumeur de ces banquiers voyous la bourse de Chicago. La famine est la pire des choses que peut arriver lAlgrie notre poque car, comme disait Marx dans le Manuscrit de 1844, lhomme qui est dans le souci et le besoin, na pas de sens pour le plus beau spectacle .


Bien sr que le systme de subvention actuel est mal gr et profite toutes les couches sociales au lieu de le centrer sur la plus dfavorise. Mais mettre en uvre un programme qui profite juste aux ncessiteux implique beaucoup deffort et une gestion plus efficace. Nous allons se limiter cela.


Lautre argument que nous pouvons lancer ici consiste dire que du moment o les pays dvelopps subventionnent grande chelle leurs produits, alors pourquoi lAlgrie ne doit pas fera de mme ?

A titre dexemple : lUnion Europenne consacre la grande partie de ses subventions la Politique Agricole Commune (PAC), soit presque 436 milliards deuros pour la priode 2014-2020. De mme pour les USA qui subventionnent leur industrie du coton tout en mettant des barrires lentre pour contrer le coton des pays sous-dvelopps, qui est bon prix vu les faibles cots de la main-duvre dans ces pays.


En fait, le 07/12/2013, un accord, qualifi dhistorique, a t sign par les membres de lOMC stipulant de mettre fin aux subventions lexportation [3] En tout cas, lavenir nous dira, comme chaque fois, que la bonne foi est toujours absente lorsquil sagit de parler argent.
Cela dit, la double tarification (le prix national est diffrent du prix lexportation) des hydrocarbures est dfendue par lAlgrie comme une consquence dun simple avantage comparatif. Cela est profitable aussi aux investisseurs trangers qui produisent en Algrie. Ce bas prix des nergies est un argument assez important, parmi tant dautres pour pratiquer la rgle 51/49, que veulent abroger les dfenseurs du march libre .


La politique de double tarification en Algrie drange normment ses partenaires non producteurs des hydrocarbures, notamment lUE. Celle-ci considre cette politique comme une subvention pour le secteur des nergies et impose cet effet des droits de douane spcifiques pour les exportations de ce secteur, comme les fertilisants. Dailleurs, la protection de lindustrie nationale est bien prise en compte de la part de lUE.


Les ngociateurs de lOMC reprochent aussi lAlgrie le monopole naturel de la Sonatrach sur le march des nergies ! Pourquoi nosent ils pas reprocher les monopoles des compagnies prives ? Le cas dEDF ou de Veolia nest pas trop loin de celui de Sonatrach ! Sauf que cette dernire est publique, pour le moment.

Nous pouvons constater facilement lanalyse gomtrie variable que pratique lOMC dans le cadre des ngociations.

Cette Organisation ne prend pas en compte lintrt public des populations, qui est manifestement clair dans le cas de la Sonatrach. Mais elle a toujours dfendu les intrts privs des pays dvelopps.


Au final, vous voyez bien que le libre-change peut conduire facilement lAlgrie une catastrophe. Car elle serait oblige de jouer avec des rgles de jeux que lui imposent les membres de lOMC.

En effet, les pays industriels ont su protger et sauvegarder leurs industries lorsquelles taient fragiles. Les USA sont le meilleur exemple en la matire. Aprs des annes de protectionnisme, ils viennent maintenant, notamment dans le cadre du processus de Washington, demander louverture de tous les marchs internationaux leurs multinationales. Mais il faut savoir que celles-ci peuvent obliger lAlgrie retirer une loi qui entrave la maximisation de leurs profits.


Vous en conviendrez facilement, lunique intrt des entreprises trangres qui sinstallent en Algrie cest de maximiser les dividendes des actionnaires et les bonus de la technostructure (cf. J.K. Galbraith).
Elles ne prennent pas en compte, en aucun cas, lintrt de la nation et du moins celui de la population.

Cependant les entreprises nationales peuvent au moins sadapter au contexte social. Il leur arrive de rpugner licencier si elles savent quil ny a pas dautre emploi possible. [4] Nous allons revenir davantage sur limpact des privatisations, quimpose lOMC, sur lconomie Algrienne.


Le dernier point que nous voulons soulever ici, dans le cadre des zones de libre-change et celui avec les pays du Maghreb. Ceci est trs intressant en thorie mais reste trs compliqu mettre en place.

Le premier obstacle majeur est dun ordre institutionnel car les tats membres ont de nombreuses divergences, y compris sur les questions les plus insignifiantes, notamment entre lAlgrie et le Maroc.

Mais sous un angle conomique, nous trouvons encore diffrentes formes de protectionnisme qui empchent la mise en place dune zone de libre-change et retardent une ventuelle laboration de lUnion Maghrbine.
Rcemment la Tunisie a instaur une taxe sur les boissons algriennes. Cela a provoqu une indignation des producteurs Algriens. Il faut savoir que les autorits tunisiennes ont juste appliqu le principe de la sret nationale, invoqu plus haut. En effet, les boissons tunisiennes cotent plus chre que celles de leurs voisins algriens parce que, et titre dillustration, lnergie et leau ncessaires pour faire tourner une usine de boissons restent de loin moins coteux en Algrie, do les faibles cots de revient et de vente.

Cela dit, chaque pays est souverain dans ses dcisions politiques et conomiques.

En consquence, il peut, sinon doit, prendre toutes les mesures ncessaires qui peuvent protger son conomie en gnrale et son industrie en particulier.

Car ceci est la condition sine qua non dans le cadre conomie des stratgies de dveloppement. Trs facile le constater grce aux donnes que nous offre lhistoire conomique de ces deux derniers sicles.


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