Après plusieurs affaires d'espionnage, l'Allemagne a décidé jeudi d'expulser le patron de l'agence américaine.

La sanction est tombée: elle est avant tout symbolique. «Il a été demandé au représentant des services secrets américains à l'ambassade des États-Unis d'Amérique de quitter l'Allemagne.» Le communiqué du porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, est froid et factuel. Le mécontentement allemand n'en est pas moins manifeste. Après des mois de scandale sur les écoutes de la NSA, après la découverte en moins d'une semaine de deux agents doubles, l'un au BND, les services de renseignements allemands, l'autre au ministère de la Défense, Berlin ne pouvait pas ne pas réagir. Jeudi, Angela Merkel a décidé d'adresser un avertissement aux Américains: la relation de confiance entre les deux pays est en jeu.


Pour l'opinion allemande, les espions du BND et de la Bundeswehr sont le scandale de trop. «Que va faire le basset allemand? Accepter sa vie de chien ou réagir?», s'interrogeait le magazine Der Spiegel sur son site Internet jeudi matin. Ces affaires sont «prises très au sérieux» par le gouvernement d'Angela Merkel, a assuré Steffen Seibert. Pourtant, d'autres membres du gouvernement se sont employés à en minimiser les conséquences: les informations récoltées par ses espions seraient «ridicules», a déclaré le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière. Deux enquêtes sont en cours.
Prudente, Angela Merkel a, elle, commenté le scandale à mots choisis. «Je crois que dans ces moments qui peuvent être très confus, il est décisif de pouvoir se faire confiance entre alliés», a-t-elle regretté. La chancelière veut calmer son opinion publique, tout en préservant ce qu'il reste de la relation germano-américaine. Économiquement et politiquement, les États-Unis demeurent un partenaire essentiel pour les Allemands. Il n'est donc pas question de toucher, par exemple, aux négociations sur le traité de libre-échange transatlantique. Mais la confiance est «nécessaire», insiste-t-on au sein du gouvernement, pour pouvoir avancer. La ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, a invité les États-Unis à réfléchir à la coopération qu'ils veulent établir «dans l'avenir» avec l'Allemagne.

Au Bundestag, les députés de la commission d'enquête sur les écoutes de la NSA déplorent le manque de coopération de l'Administration américaine pour obtenir les explications demandées. Jusqu'à présent, Washington s'est peu soucié d'apaiser la tension grandissante avec son alliée. Les Américains défendent leurs positions. «Nous n'avons aucun commentaire sur une prétendue affaire de renseignement», a déclaré à Washington Caitlin Hayden, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale. «Toutefois, notre relation en matière de sécurité et de renseignement avec l'Allemagne est très importante, et elle permet d'assurer la sécurité des Allemands et des Américains», a-t-elle insisté. À Washington, on attend que la colère allemande retombe.

le figaro