Dans deux semaines, les Algriens se remmoreront l'attentat du MOSSAD du 23 Juillet 1964 dans un port d'Algrie qui fit de trs nombreuses victimes :

Je vous cite l'article du quotidien Libert paru en 2009 sur ce sujet :

Il y a 45 ans un cargo explosait dans un port algrien :
Lnigmatique attentat du Mossad Annaba


Par : SALIM KOUDIL

23 juillet 1964. Si cette date concide avec le douzime anniversaire de la prise de pouvoir de Nasser et des officiers libres en gypte, elle est pour lAlgrie un jour macabre. Tragique et dramatique, mais surtout oubli au grand dam de plusieurs centaines de familles.

Il sagit de la premire grande tragdie de lAlgrie post-Indpendance. Ce jeudi-l, aux environs de 22h, une forte explosion avait secou la ville de Annaba faisant entre 100 et 400 victimes (morts et disparus), ainsi que des milliers de blesss. Des chiffres que rptent satit, 45 ans aprs, les familles des victimes ainsi que danciens travailleurs du port, en se rfrant ce quils ont vu et aux diffrentes sources officielles et hospitalires de lpoque quils ont pu contacter.

La dflagration a touch un bateau bourr darmements et de munitions mouillant au port. La quasi-majorit des victimes tait des dockers rquisitionns de force pour le dchargement. Selon les tmoignages que nous avons pu recueillir auprs des familles des victimes, lexplosion tait dune telle force quelle a t entendue des dizaines de kilomtres alentour. Le bateau avait pris feu, rendant le port lumineux de trs loin et la ville de Annaba tait couverte par un gros nuage noir. Lavant du bateau a t retrouv des centaines de mtres du port, touchant lhpital Ibn-Sina. Dautres dbris ont t retrouvs trois kilomtres du lieu de la dflagration.

En plus des centaines de morts et de disparus, lexplosion avait caus aussi la disparition de plus de 400 tonnes darmements et de munitions et des pertes financires de plus de 20 millions de dollars.

Entre imprialistes, ractionnaires et Israliens

Le lendemain mme, le prsident Ahmed Ben Bella, accompagn de son ministre de la Dfense, le colonel Houari Boumediene, stait dplac sur les lieux. Les autorits algriennes avaient conclu lattentat. Une bombe avait ainsi t place par un commando dans le bateau avant dtre actionne. Officiellement, des agents imprialistes et ractionnaires avaient t accuss ce jour-l sans plus de dtails sur leurs origines. On a ainsi voqu les services franais de la cinquime colonne ainsi que les ultras de lAlgrie franaise mais chaque fois, les Israliens taient dsigns soit comme instigateurs directs, soit comme complices. Pour la plupart des tmoins et des familles des victimes, le doute est mme inexistant. Le Mossad serait directement impliqu dans lexplosion du Star of Alexandria, dont les restes de lpave serait toujours au fond des eaux du port de Annaba. Toutefois, les dtails de lopration du commando restent toujours flous et, ce jour, personne na pu donner de rponses prcises aux nombreuses questions en suspens.



La lecture de lattentat faite lpoque (toujours dactualit dailleurs) serait un double message lanc par le Mossad. Le premier Nasser (huit ans aprs la crise du Suez et trois ans avant la Guerre des Six Jours) et lautre lAlgrie dont laura rvolutionnaire de lpoque gnait trop les Israliens dans leur dmarche colonisatrice au Moyen-Orient. Les liens trs troits quentretenaient les deux Prsidents ne pouvaient que soulever le courroux des Israliens. Prcisons au passage que moins de deux mois avant cette explosion, soit le 29 mai 1964, lOLP tait cre.

Le Mossad et lAlgrie : une vieille histoire

La prsence et les coups des services secrets israliens ne datent pas de ce 23 juillet. Aprs le dclenchement de la Rvolution algrienne, et bien avant lIndpendance, le Mossad svissait dj en Algrie, prcisment Constantine. Ds 1956, il avait entran et arm des cellules composes de jeunes Juifs de la ville pour contrer les lments de lALN. Une opration tlguide par deux agents : Shlomo Havillo (en poste Paris en 1956) et son subalterne Avraham Barzalai. Une information quavait publie le quotidien isralien Maariv en mars 2005.
Il y a quelques mois, une histoire despionnage avait clat. Accus de travailler pour le Mossad, un Algrien de 44 ans a t condamn, en janvier dernier, par la cour de Tizi-Ouzou 10 ans de rclusion ferme pour collecte et transmission au profit dune puissance trangre dinformations sensibles et confidentielles dont lusage porte atteinte lconomie et la dfense nationales. Les services israliens taient aussi dsigns comme probables kidnappeurs dAli Belaroussi et Azzedine Belkadi, les deux diplomates algriens enlevs Bagdad en 2005.
Un fait qui est tout fait plausible eu gard la longue liste dassassinats des services sionistes. Comment oublier celui de lex-directeur gnral du Thtre National algrien, Mohamed Boudia, le 28 juin 1973 rue des Fosss-Saint-Bernard Paris (les dtails de lopration ont t divulgus dans le livre Mossad, un agent des services secrets israliens parle, dit en 1990, de Claire Hoy et Victor Ostrovsky).

Les familles des victimes de darbate el-babor...

En mmoire des dockers, un hommage a t organis par lassociation Machal el chahid, jeudi dernier, au palais de la Culture de Annaba. Une rencontre qui a t loccasion pour que les langues se dlient aprs tant dannes de non-coute ou de silence. Il faut dire que cest la premire fois depuis 45 ans quune initiative a t prise pour ces familles. Cela na pas t facile davoir laccord des autorits pour rendre cet hommage, nous dira Hocine Gouasmia, le prsident de lassociation. Jai d batailler ferme pour pouvoir organiser cette rencontre des familles qui avaient tant besoin dexprimer leur douleur et demander au moins une stle pour leurs proches, prcise-t-il.
La crmonie a vu plusieurs personnes se relayer au micro pour apporter leurs tmoignages. Il sagissait essentiellement denfants de victimes qui tous taient unanimes dnoncer lattitude des autorits leur encontre. Selon eux, tout a t fait pour les faire taire et clore le dossier. On est mme all jusqu dire que toutes les veuves staient remaries, et donc quil ny avait rien faire pour revenir lexplosion, dira lun deux presque en criant.
Le tmoignage le plus poignant aura t celui de Soualah Alila Mamer. En pleurs, il raconte ce quil a vcu, sa tragdie. Javais 10 ans, et nous habitions au quartier de lOre rose. Quand a a explos, tout Annaba est devenue rouge cause du feu. On courait dans tous les sens pour retrouver mon pre qui tait docker et quon savait au port en train de travailler. Il a fallu attendre le lendemain matin pour pouvoir le chercher dans les hpitaux. Jtais avec ma cousine. Elle tait trs courageuse. Cest elle qui cherchait le corps de mon pre en soulevant les draps des morts. Ctait plus des lambeaux humains que des corps. Ctait horrible. Le plus cruel, cest quon na jamais retrouv mon pre, et ce jour nous nen avons trouv aucune trace. Notre malheur est devenu encore immense devant linaction des responsables, que ce soit la wilaya (prfecture), la dara (sous-prfecture) ou lAPC (municipalit). Soualah continue son rcit, entrecoup de chaudes larmes : Au dbut, on nous avait octroy des carnets denfants de chouhada (martyrs) mais ds 1967, on nous les a retirs sans explication. Jusqu maintenant, nos droits sont bafous. Parmi les enfants des victimes, il y avait Mabrouk Abdelbaki, 6 ans en 1964, et dont la date de naissance est le 23 juillet.

Mais aussi des questionnements

Nous avons rencontr galement, lors de cet hommage, un rescap du drame, Omar. Il avait au moment des faits 20 ans et travaillait en tant que docker. Ce jour-l, on nous avait runis au centre dembauche et le chef nous avait dit quon tait oblig de travailler. Nous avions tous protest en lui rpondant que tout ce qui touchait larme ne nous concernait pas. Sa raction tait claire et nette. Il nous a rpondu que nous tions tous des moudjahidine (combattants) et que ctait le devoir de chacun de nous de faire ce travail, tout en prcisant que celui qui ne travaillera pas sera suspendu vie.
Omar a eu la vie sauve grce son pre, lui aussi docker, qui, tout en rejoignant le port pour le dchargement, avait interdit son fils de faire de mme. Avant de nous quitter, et tout en affirmant que la main sioniste ntait pas loin, il nhsita pas se poser des questions en chuchotant : Ce que je ne comprends surtout pas, cest pourquoi on navait pas dcharg tout cet arsenal au port dAlger qui tait beaucoup plus grand. Lautre chose que je narrive pas digrer, cest pourquoi il a fallu le faire au port de Annaba et non sur les autres quais qui taient beaucoup plus adquats. Il nen dira pas plus, prfrant se faufiler vers la sortie avec les autres membres des familles des victimes.

S. K.

Libert Algrie
27 Juillet 2009