Le nouveau ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aissa, a provoqué un tollé général dans le camp des islamistes ultra-conservateurs, après ses dernières déclarations sur la réouverture des synagogues et le respect des autres religions en Algérie.

Des propos que ne parviennent pas à digérer les salafistes qui promettent une réaction musclée. Ils envisagent en effet d'investir la rue et manifester contre le nouveau ministre des Affaires religieuses, vendredi prochain à Belouizdad (Alger), afin de démontrer leur indignation et interpeller les plus hautes autorités du pays.

A ce titre, le dénommé Cheikh Hamadache, leader d'une mouvance salafiste n'a pas manqué de vilipender le ministre en question en l'accusant notamment de " provoquer les sentiments de 40 millions d'Algériens en ce mois sacré de ramadhan ".

Considérant que tolérer l'ouverture de lieux de culte pour d'autres religions à l'instar du christianisme et du judaïsme " constitue un premier pas pour reconnaître les minorités ", le même prêcheur a laissé proférer la menace en disant que ; " la décision de rouvrir des synagogues juives en Algérie ne passera pas si facilement, et nous avons transmis notre opposition aux autorités". Ces ultra-islamistes n'en reviennent pas et crient au complot, en annonçant que le terrain est d'ores et déjà préparé pour le retour des Juifs, comme c'est le cas à Constantine, où la synagogue est revêtue de peinture fraîche.

" On veut transformer Constantine comme Djerba en Tunisie, et à ce train où vont les choses, Enrico Macias finira bien par y revenir ", commente encore le cheikh en question. Pourtant, le nouveau ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aissa, a fait montre d'une grande tolérance en réitérant que l'Algérie est un pays multilingue et multiculturel qui accepte et tolère les autres cultes religieux en dehors de l'Islam comme stipulé dans sa Constitution. Il s'est exprimé en marge de sa récente visite au Complexe culturel islamique Abdelhamid Ibn Badis à Oran.

Le ministre Mohamed Aissa a mis en avant, dans ce cadre, une série de rencontres qu'il a eues avec la communauté chrétienne composée d'étudiants africains, collaborateurs et experts exerçant dans le pays, soulignant que "l'Algérie collaborera avec eux et leur permettra de pratiquer leur religion, de même que les juifs, dans le cadre des lois de la République", avant d'affirmer avoir rencontré des représentants de toutes les religions présentes en Algérie.

D'ailleurs, Mohamed Aissa a adressé aux Juifs algériens "un message qui ne dépasse pas ce contenu et qui n'a pas besoin d'interprétation", en affirmant dans la foulée que les synagogues en Algérie étaient fermées pour des raisons sécuritaires durant les années 1990. Par ailleurs, le même ministre a survolé le conflit qui prévaut à Ghardaïa depuis plusieurs mois déjà, en affirmant que l'Algérie ne considère pas le malékite comme sectaire ou identitaire mais comme voie vers le droit chemin convergeant avec les quatre imams réputés et le courant ibadite, au service de la société et le rapprochement à Dieu.

M. A. C.
source: Les Débats