La directrice générale du FMI estime à 1000 milliards de dollars par an le manque d'investissement dans les infrastructures, dans le monde. Cet investissement, susceptible de doper la croissance, serait compatible avec la stabilisation de l'endettement public. Voire sa baisse


"La reprise en cours est fragile, et partout dans le monde, on constate un déficit d'investissement". En deux phrases, la directrice générale du FMI a donné ce dimanche le ton de son intervention aux rencontres économiques d'Aix. Aujourd'hui, place à l'investissement, ce qui est une manière de renforcer tout à la fois l'offre et la demande.
Car "la crise a frappé de plein fouet les investissements publics, et par la suite les investissements privés" a souligné l'ex ministre française de l'économie, ajoutant que "l'on peut décider d'augmenter la dépense publique, selon les situations".



Un gap d'investissement de 20%
"Le PIB global des pays du G 20 est inférieur de 8% par rapport à son potentiel, quant à l'investissement, l'écart est de 20%" souligne Christine Lagarde. "Les investissements publics ont été affectés par la crise; d'abord soutenus avec relance budgétaire, ils ont ensuite nettement faibli, car les autorités ont voulu stabiliser la dette publique". Le résultat? Une baisse tendancielle du stock sde capital public, qui a diminué ces dernières années de 10 points en proportion du PIB. "L'investissement public a diminué d'un quart, souligne Christine Lagarde. Il représentait, globalement 4% du PIB au cours des années 80, dans l'ensemble des pays industriels, il ne représente plus aujourd'hui que 3% du PIB".
Et la directrice générale du FMI de citer en exemple une situation qu'elle connaît de près: dans le district de Columbia, où se trouve le siège du FMI, "99% des infrastructures sont classées dans les catégories "pauvre" ou "médiocre". Les dépenses d'infrastructures nécessaires aux Etats-Unisj représentent quelque 200 milliards de dollars.



1000 milliards de dollars à dépenser dans les infrastructures

Au total, dans le monde, la dépense en infrastructure atteint aujourd'hui 2700 milliards de dollars par an, elle devrait être de 3700 milliards, estime Christine Lagarde, soit l' équivalent du PIB de la Corée. Et de souligner qu'une politique budgétaire en ce sens pourrait soutenir le potentiel de croissance à long terme.

Reprenant à son compte un raisonnement très keynésien, Christine Lagarde estime que la dépense d'investissement, financée bien sûr par l'endettement, peut, in fine, ne pas augmenter le ratio dette/PIB, voire le diminuer. "Si c'est bien pensé, la hausse du PIB peut contrebalancer la hausse de la dette, cette politique pourrait stabiliser voire réduire le ratio dette publique/PIB. Ces effets positifs de l'investissement public sont très sensibles en période d'atonie économique, quand capacités sous utilisées" souligne la directrice générale du FMI.



Elle met toutefois un bémol à cette ode à l'investissement: il faut que les Etats qui l'augmentent ne soient pas dans une situation de finances publiques trop dégradées, il faut que la hausse de l'endettement soit "soutenable". Et il faut faire du cas par cas. Le FMI étudie actuellement les situation des différents pays, et il rendra son verdict à l'automne, concernant quelque 40 pays: pour chacun d'entre deux, des préconisations seront faites s'agissant des dépenses d'infrastructure.

L'Allemagne peut investir
A cet égard, Christine Lagarde estime que les besoins d'infrastrucures sont importants en. Allemagne, représentant près de 10 pour cent du PIB.


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