5 Juillet, fte de lindpendance, Laboutissement de sacrifices de tout un peuple

Ce qui a t arrach par la force, ne peut tre repris que par la force. Cet adage sest vrifi pour les hommes politiques algriens qui avaient fini par comprendre, aprs des annes de lutte sur le front politique et de tergiversations, que seule loption militaire permettrait aux Algriens de recouvrer leur indpendance et leur dignit et mettre fin plus de 130 annes de domination. Cest la fin des ides illusoires sur lintgration, le deuxime collge, le code de lindignat. Lcart se creuse, malgr les sacrifices des Algriens, entre une minorit privilgie de pieds noirs et le reste, les populations arabes pousses la pauprisation. Loption arme est arrte pour le 1er novembre 1954. Elle est conforte par les expriences passes, les massacres de Stif et Guelma du 8 mai 45 Les politiques, le groupe des 22, dans leur quasi-majorit, rejoignent cet appel sous lgide du FLN. Lintensit de la guerre montre toute la rsolution des Algriens arracher leur libert et ne baisser les armes quune fois lindpendance acquise. Ce qui ntait vu, ct franais, que comme une petite rbellion qui nexige qu une simple opration de maintien de lordre finira par gagner toutes les rgions du pays. Elle sera porte sur le territoire de lennemi mme.
De 1954 1962, la France aura tout essay pour viter un nouveau Dien Bien Phu dans les Aurs ou en Kabylie. Et ce nest pas faute davoir tout essay : les bombardements au napalm, la torture, les camps de concentration. De Gaulle lui-mme qui rigea les lignes fortifies de la mort (Challe et Morice) le long des frontires, dcrta le renforcement des contingents en Algrie, en battant le rappel des rservistes, vota les pouvoirs spciaux pour les paras qui auront ainsi carte blanche pour la pratique de la torture, se rsolut finalement accepter le principe de lautodtermination au profit du peuple algrien. Simples manuvres ou dsir sincre de trouver une vraie solution au problme algrien ? Nempche, des contacts avaient dj eu lieu ds 1956. L, on ne dpassa gure, ct franais, lide dun cessez-le-feu qui serait suivi dune solution honorable .
Le souci premier tait de trouver certainement une rponse au sort de la minorit franaise, en Algrie, la question du ptrole du Sahara. Autant de questions qui hantaient, au premier chef, les dirigeants franais qui avaient un moment envisag une troisime force comme alternative au FLN. Mais la direction du FLN adopta, dit-on, une position unanime face aux premiers contacts initis par de Gaulle. Lun des dirigeants de la Rvolution, Abdelhafidh Boussouf dclara, en aot 1958, comme pour montrer leur intrt cette alternative, que la France na, jusqu prsent, fait aucune ouverture srieuse . En septembre, Ferhat Abbas qui rejeta le document Pompidou qui ntait quune offre de cessez-le-feu, rpondit de Gaulle que le GPRA tait prt ngocier sur la base de lindpendance tout en affirmant que le Sahara faisait partie de lAlgrie. En janvier 1960, la troisime session du CNRA reconduisit Ferhat Abbas la tte du GPRA qui reut la mission de mener les ngociations sur des bases claires acceptes par tous : accord politique sur lindpendance, statut de la minorit europenne, concessions limites sur lexploitation du ptrole et sur lutilisation des bases militaires. Les discussions reprirent du 20 au 28 juillet Lugrin, au chteau dAllaman quelques kilomtres dEvian. Le CNRA se runit du 9 au 27 aot 1961 Tripoli.
Il devait valuer le travail fait par le GPRA, se prononcer sur les ngociations et dsigner un nouveau gouvernement. La poursuite des ngociations sera mene par le nouveau gouvernement avec sa tte Benyoucef Ben Khedda et Saad Dahlab aux Affaires trangres. Les ngociateurs achevrent un texte final de dix dclarations le 19 fvrier 1962 2h30 du matin. Le 27 fvrier, le Conseil national de la Rvolution (CNRA) adopta officiellement une rsolution mandatant le GPRA pour signer les accords. Seuls quatre votants sy opposrent. Les cinq chefs prisonniers en France avaient t associs toutes les phases de la ngociation. Une instance, lExcutif provisoire, fut mise en place et charge dassurer le respect du cessez-le-feu et de grer la transition jusqu lindpendance. Une priode qui a vu de grandes exactions de la part des lments de lOAS, avec des incendies, des assassinats de simples citoyens
Bien que certains actes, au vu de lampleur des massacres, pratiqus par larme franaise sur les populations algriennes, notamment, fussent passibles de poursuite pour crime contre lhumanit, les ngociateurs franais aux Accords dvian ont obtenu linclusion de la garantie de non poursuite pour tous les actes commis en Algrie. Des lois avaient t votes cet effet en France. Ces textes qui ont ainsi amnisti plusieurs militaires franais et responsables de police ont rendu difficile toute poursuite lencontre des auteurs des massacres commis sur le territoire algrien ou en France, linstar de la rpression criminelle des manifestations du 8 mai 45 Stif et celle du 17 octobre 1961 Paris.
Une lutte qui bnficia dune grande audience internationale tout en isolant la France
Le FLN, tout en menant une guerre contre le colonialisme na pas nglig la voie diplomatique pour faire avancer sa cause. En effet, le peuple algrien, en lutte, a bnfici, travers la guerre de libration nationale, dun grand lan de solidarit, au plan international.
Outre les pays arabes et maghrbins, mais aussi europens qui ont dcid dy tablir de grands rseaux pour le soutien de la rvolution algrienne au sein des Non-Aligns, le 13 juin 1956, 13 pays afro-asiatiques avaient demand la tenue dune session extraordinaire de lONU consacre la situation en Algrie. Mais certains pays membres qui soutenaient la position de la France, avaient pouss le Conseil de scurit en rejeter la demande. Mais au cours de la session tenue en 1958, le principe du droit du peuple algrien lautodtermination fut voqu. Cet vnement a concid avec la constitution, le 19 septembre 1959, du gouvernement provisoire algrien.
Le 16 juin 1959, le comit dorientation des Nations unies a recommand linscription officielle de la question algrienne lordre du jour des travaux de lassemble gnrale, et ce, en dpit de lopposition du dlgu franais. Le 22 aot 1960, le Gouvernement provisoire algrien a demand lONU lorganisation dun rfrendum populaire sous son contrle. le 20 dcembre 1961, lAssemble gnrale des Nations unies a rendu public un communiqu demandant aux deux parties de poursuivre les ngociations. La rsolution fut adopte par 62 voix contre 32. Les USA ont eux aussi adopt une position honorable en faveur de lindpendance de lAlgrie.
Dans un rapport de mission en Afrique remis au prsident Eisenhower au dbut de lanne 1957, Richard Nixon mettra de trs srieuses critiques lgard de la politique de la France en Algrie et se montrera favorable lindpendance de lAlgrie. Le 2 juillet 1957, le snateur John Fitzgerald Kennedy pronona un discours au Snat des tats-Unis sur le thme de la guerre dAlgrie dans lequel il souligne que cette guerre atroce a cess de reprsenter un problme interne purement franais et que les Amricains sont directement concerns par ce conflit lequel a dpouill jusqu los les forces de lOTAN . Selon certains historiens, les membres de lAlliance atlantique sinquitaient aussi de voir les moyens de lOTAN de plus en plus dtourns au profit du soutien logistique des armes franaises en Algrie au dtriment de lquilibre des forces en Europe face au bloc de lEst .


K. Daghefli