MENACE TERRORISTE

L Expression Jeudi 30 Avril 2015

La décision du président socialiste, François Hollande, va à l'encontre d'une tendance générale à la baisse des budgets de la Défense en Occident.

Face à la menace terroriste, la France a décidé hier de doper son budget de la Défense qui va augmenter de près de 4 milliards d'euros de 2016 à 2019 et d'affecter en permanence 7000 militaires à sa sécurité intérieure. Depuis les attentats jihadistes des 7, 8 et 9 janvier (17.morts), «la France fait face à de lourdes menaces aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de notre territoire», a affirmé le président François Hollande à l'issue d'un Conseil de défense réunissant les principaux responsables politiques et militaires. En conséquence de quoi, l'opération Sentinelle de patrouilles militaires engagée depuis le début de l'année avec 10.000 hommes pour protéger des sites sensibles sera «pérennisée» avec «7000 militaires» affectés à cette mission «de manière durable», a précisé le chef de l'Etat. Le budget de la Défense, qui est en 2015 de 31,4 milliards d'euros, va bénéficier de «3,8 milliards (d'euros) supplémentaires» entre 2016 et 2019, a-t-il aussi indiqué, sans dire où les autorités françaises, sommées par Bruxelles de réduire la dette, trouveront cet argent. «C'est un effort important, c'est même un effort considérable», a relevé François Hollande. La décision du président socialiste va à l'encontre d'une tendance générale à la baisse des budgets de la Défense en Occident. Cette augmentation budgétaire visera les dépenses en personnels et en équipements que vont nécessiter l'adaptation de l'armée française aux nouveaux défis posés par la menace terroriste. François Hollande a notamment évoqué la nécessité d'accorder plus de moyens à la cyberdéfense, à l'aéronautique et au renseignement. Ces décisions vont entraîner une révision des réductions d'effectifs dans les Armées qui étaient initialement prévues. Ainsi, 18.500 postes au total seront préservés sur les 34.000 suppressions d'emplois qui étaient prévues à l'origine sur la période 2014-2019, a précisé la présidence. En début d'année, le président Hollande avait déjà annoncé le gel de 7500 suppressions d'emplois qui étaient prévues en 2015.
Le ministère de la Défense va pouvoir en conséquence faire passer le réservoir de forces terrestres pouvant être déployées sur le terrain de 66.000 militaires aujourd'hui à 77.000. L'armée française (armées de l'Air, armée de Terre et Marine) compte au total quelques 215.000 personnels militaires et civils. «Aujourd'hui, on est au-delà du contrat opérationnel tant à l'extérieur qu'à l'intérieur et il faut qu'on reprenne de la marge», plaide-t-on au ministère de la Défense. «On en est à rogner les permissions, voire les phases de réentraînement avant de repartir en opérations». En extérieur, 9000 hommes sont actuellement mobilisés au Sahel, en Centrafrique et dans le Golfe. Depuis les attaques jihadistes de janvier, 10.000 militaires protègent en France des sites sensibles pour un coût estimé à un million d'euros par jour. Depuis les attentats de janvier contre le journal Charlie Hebdo (12 morts), une policière et un magasin casher (4 juifs tués), la France est soumise à un plan de sécurité élevé à son plus haut degré d'alerte, mobilisant policiers et militaires pour protéger des sites sensibles. Des patrouilles sont ainsi visibles dans les transports en commun, devant des synagogues ou des édifices religieux. Un projet d'attentat contre des églises catholiques dans la région parisienne a été récemment déjoué fortuitement et les autorités françaises sont en train de lister de nouveaux sites qui devront être protégés.