Le groupement Cojaal a répondu, hier, aux mises en demeure de l’Agence nationale des autoroutes. Cojaal déclare avoir saisi à maintes reprises le maître d’ouvrage au sujet des multiples problèmes rencontrés sur le tronçon Est, notamment le tunnel de Djebel Ouahch. Le consortium japonais révèle également la prise de possession par l’ANA «de plus de 300 km» en l’absence de toute pièce contractuelle.
Tarek Hafid - Alger (Le Soir) - Cojaal sort de sa réserve. Dans un encart publié en page 24 du quotidien El Moudjahid, le groupement japonais a répondu aux deux mises en demeure rendu publiques les 4 et 12 juin par le maître d’ouvrage de l’autoroute Est-Ouest, «le ministère des Travaux publics et l’Agence nationale des autoroutes». «Le Consortium japonais pour l’autoroute algérienne (Cojaal) réunit des entrepreneurs parmi les plus renommés et les plus importants du Japon. Cojaal est en charge de la construction du lot Est de l’autoroute Est-Ouest, en application d’une convention de Contra- Programme conclue avec le maître d’ouvrage comprenant trois marchés d’application», indique le groupement en guise d’introduction. Il entre ensuite dans le vif du sujet, le marché d’application n°3, objet du litige, qui concerne la réalisation de 123 kilomètres entre les wilayas de Skikda et d’El Tarf. «Pour ce qui concerne le marché d’application n°3, Cojaal a avisé le maître d’ouvrage à de multiples reprises et depuis plusieurs années des divers problèmes faisant obstacle à la bonne exécution des travaux au fur et à mesure de la résolution de ces problèmes. A ce jour néanmoins, Cojaal n’a pas reçu de réponse du maître d’ouvrage permettant de résoudre les difficultés rencontrées». En clair, Cojaal révèle avoir fait face seul aux problèmes rencontrés sur ce tronçon. Même si l’ouvrage d’art n’est pas cité nommément dans cette réponse, le groupement fait référence au tunnel de Djebel Ouahch. Il est en effet question de «travaux de remblais rocheux en zones inondables, de travaux de déblayage, de contre-mesures pour les glissements de terrain, ainsi que l’absence d’approbation du plan de mouvement de terre requis pour poursuivre les travaux de terrassement.» Pour Cojaal, toutes ces actions n’ont pu être réalisées à cause de «l’absence d’émission des ordres de service». Dans le domaine de la construction et des travaux publics, l’ODS est un document établi par le maître d’ouvrage qui précise les modalités d’exécution des prestations prévues par le marché. «Cojaal n’a cessé de demander au maître d’ouvrage l’émission de ces ordres de service, sans succès. Ces problèmes ont fait obstacle à l’exécution d’une majeure partie des travaux du marché d’application n°3, y compris les remblais dans les zones inondables, les remblais et déblais et les travaux autoroutiers consécutif.» Autre révélation : l’exploitation par l’ANA de la première tranche de la partie Est en dehors de tout cadre réglementaire. «La prise de possession et l’utilisation par le maître d’ouvrage d’un linéaire de plus de 300 km d’autoroute, sans pour autant prendre les mesures requises pour acter cette prise de possession. En d’autres termes, les usagers roulent sur des voies prises «en catimini» par Amar Ghoul, alors ministre des Travaux publics. Cojaal termine sa réponse en précisant être «en désaccord» aux mises en demeure de l’ANA mais se dit «parfaitement disposé à poursuivre l’exécution des travaux du marché d’application n°3, pour leur bon achèvement, dès que les problèmes auront été résolus ». Mais cette première sortie publique du groupement japonais prouve l’opacité qui règne dans la gestion de ce mégaprojet. Une multitude de zones d’ombre persistent, tant sur le plan des modalités de passations de marché et du scandale de corruption, que sur le plan technique. En décembre 2010, Le Soir d’Algérie publiait le témoignage d’un ingénieur qui travaillait sur le tunnel de Djebel Ouahch qui faisait déjà état de graves problèmes dans la réalisation de cet ouvrage d’art. «Nous sommes confrontés en permanence à des difficultés liées à la nature même du terrain et aux nombreuses sources qui traversent le cœur de cette montagne. La réalisation de ce tunnel a nécessité l’introduction de nouvelles techniques pour assurer le drainage et l’étanchéité de l’ouvrage », avait-il expliqué. Pour lui, toutes ces complications sont le résultat d’une multitude de données erronées contenues dans l’étude préliminaire. Il évoquait notamment la nécessité de changer de tracé de l’autoroute. A l’époque, Amar Ghoul avait refusé de commenter cette éventualité. Aujourd’hui, cette option est étudiée très sérieusement par les ingénieurs de l’ANA.
T. H.