: la course contre la montre engagée

En 2030, nous ne pourrons plus maintenir nos niveaux d’exportation actuels d’hydrocarbures, réduisant de fait la part des ressources financières qui en sont actuellement tirées et qui servent à budgétiser les différents programmes de l’investissement public.



Pour le deuxième jour consécutif, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a poursuivi la présentation du plan d’action gouvernemental, avec une intervention qui a reposé sur les grands contours économiques du plan quinquennal 2014-2019. Il est articulé autour de l’émergence économique, une ambition que M. Sellal lie aux ressources nationales disponibles. « Il faut atteindre l’émergence dans les cinq prochaines années et nous en avons les moyens. » Comprendre donc qu’il n’existe pas pour l’heure de contraintes financières pour le mener à son terme. Ce programme s’appuie d’ailleurs sur le Pacte économique et social de croissance, signé en février dernier. Il a pour vecteur directeur une croissance globale de 7 à 9% hors hydrocarbures à l’horizon 2019. Soit une hausse de 4% de la croissance globale par rapport aux treize années passées. Réalisable ? La question a été posée à l’expert en économie Abderrahmane Mebtoul.
« De 2000 à 2013, la croissance globale a été de 3% », estime-t-il, avant d’ajouter, plus précis, que « cette croissance a été essentiellement tirée par les dépenses publiques. Cela dit, les cinq dernières années ont été marquées par une hausse de la valeur ajoutée en agriculture ». Au-delà, et s’agissant des ambitions du prochain programme quinquennal en matière de croissance, le Premier ministre a expliqué qu’elle sera également tirée vers le haut par l’exploitation de nouveaux gisements pétroliers et gaziers en 2015, alors qu’elle avait baissé entre 2013 et 2014. « Nous allons récupérer notre niveau d’entrée en devises l’année prochaine grâce au rebond de la production de gaz et de pétrole. » Pour M. Mebtoul, si l’initiative est louable, il n’en demeure pas moins que le renouveau économique plus généralement passe « par une refonte structurelle et économique étroitement liée au développement de l’entreprise et de la connaissance et qui, eux, passent par deux fondamentaux : la bonne gouvernance et la connaissance », avec, à l’appui, une « restructuration budgétaire face aux conjonctures économiques nationale et mondiale ». Pour consolider cette démarche, l’expert appelle « à la consolidation des dialogues politique, économique et social », préconisant une tripartite « entre le pouvoir, les syndicats et le patronat » sous réserve de renforcer et d’améliorer la structure du Conseil économique et social auquel il « reproche » d’être en perte de vitesse et de rentabilité. Il reste néanmoins à savoir comment le gouvernement compte « remplacer » ce qu’il risque de perdre faute de pouvoir exporter et vendre du pétrole ! Pour le prochain quinquennat, quatre secteurs ont été cités par M. Sellal comme prioritaires : l’énergie, l’agriculture, le tourisme et l’industrie. Sur le secteur énergétique, le chef de l’Exécutif s’est engagé à préserver la sécurité énergétique du pays à long terme au moment où, sur le marché international des hydrocarbures, il compte maintenir sa position d’acteur actif. Pour parer au tarissement de ces ressources, M. Sellal a dévoilé la stratégie de la sécurité énergétique adoptée, qui repose sur la création d’un «bouquet énergétique».
Il comprend l’exploitation des gaz de schiste sur le long terme, le recours aux énergies renouvelables, avec la mise en place de 23 centrales photovoltaïques et une ferme éolienne qui entreront en production incessamment, a-t-il annoncé.
Sur la question de l’agriculture, son renouveau doit impérativement se concrétiser par la réduction de la facture alimentaire. Pour y parvenir, le gouvernement table sur une extension des surfaces irriguées à hauteur d’un million d’hectares, en même temps qu’il doit combler le manque de mécanisation, de recourir aux semences productives et de promouvoir l’agriculture saharienne. Encore faut-il, pour reprendre l’avis de M. Mebtoul, qu’« il résolve la question du foncier agricole ». Au chapitre industriel, le renouveau économique se décline en la promotion des partenariats et la modernisation du secteur, public et privé.
Mais ces mesures ont été jugées insuffisantes par M. Mebtoul, pour lequel « la solution de l’amélioration de ce secteur est d’aller vers des stratégies civières, c’est-à-dire des stratégies sectorielles, selon la rentabilité du secteur donné, et l’adapter à notre réalité économique, marquée par les accords qui nous lient à l’UE dont les répercussions sont des dégrèvements tarifaires ». Enfin, s’agissant du tourisme, en panne depuis les années 1970 et laminé par la décennie noire et la cherté de la vie, pour le booster, l’Exécutif compte relancer la destination Algérie, y compris à l’échelle interne. Dans ce nouveau plan quinquennal, est prévu un renforcement de la capacité d’accueil de 50 000 lits et la création de 15 établissements thermaux. A ceux-là seront ajoutés de nouveaux aménagements touristiques.



Auteur: Djaouida Abbas
reporters.dz