Algérie vs Allemagne, une parabole pour un pays


par Moncef Wafi


Ils l'ont fait et le rêve continue au moins jusqu'au coup de sifflet final de l'arbitre. Algérie vs Allemagne, ce soir, juste après le dessert et le premier café de cette deuxième soirée du Ramadhan. L'Algérie contre l'Allemagne, le retour, acte II, la revanche des Guerriers du désert, n'importe quelle épitaphe sur la tombe de cette Nationalmannschaft qui nous a sortis du Mondial espagnol après avoir arrangé son dernier match contre ses cousins autrichiens.

Un 8ème de finale de gala que seule une grande compétition comme la Coupe du monde peut offrir. Une opportunité de plus pour ces jeunes Algériens de hisser le drapeau national haut dans le ciel des grandes nations du football. Un moment historique qui peut se changer en miracle si l'Algérie venait à terrasser l'ogre allemand comme au siècle dernier, en 82, quand les hommes de Khalef avaient passé deux buts à Schumacher. Un match resté malheureusement comme la seule référence mondiale du foot algérien que l'ancêtre de l'ENTV nous ressortait à chaque crise nostalgique. Plus qu'une simple rencontre de football, le match de ce soir est l'occasion de s'émanciper de la génération de 82, d'avoir d'autres références sur lesquelles s'appuyer pour aspirer à plus. A mieux.

Cette équipe de Halilhodzic a démontré qu'avec du talent et des sacrifices, l'Algérien peut rivaliser avec n'importe qui et surtout avec sa mémoire et les héros d'hier. Pour peu qu'on lui fasse confiance, qu'on lui donne sa chance pour montrer sa véritable valeur intrinsèque, l'Algérien, pas que le sportif, mais l'ingénieur, le médecin, le chercheur, l'agriculteur, est capable de se surpasser. De se transcender, de sortir de cette médiocrité nationale devenue à force la marque de fabrique d'un peuple assisté. Les Algériens ne sont pas tous des fainéants, des menteurs, des mal-logés, des chômeurs, des corrompus et des vendus. Ce ne sont pas que des prêts ANSEJ, des militants en location ou des visages sans relief. Les Algériens sont aussi des hommes de grande valeur lorsque la situation le veut.

Cette équipe a fait plus que se qualifier au second tour, un exploit qu'aucun Algérien n'a réalisé, surtout pas nos politiques incapables de passer à un second tour malgré toutes les élections qu'ils ont jouées. Cette équipe est une véritable parabole pour tout un pays qui doit dorénavant regarder de l'avant, tenter de créer l'exploit et cesser de se reposer sur ses lauriers. L'équipe nationale n'est plus Belloumi, Cerbah, Madjer ou Merzekane, elle est M'bolhi, Feghouli, Djabou et Halliche, comme l'Algérie n'est pas seulement et uniquement les figures de la guerre de libération, ni le FLN ni le système unique qui a mangé le peuple. L'Algérie est celle des compétences d'aujourd'hui, des espoirs de demain à qui il faut donner leurs chances.

Mais ce qui est malheureux, c'est que des joueurs aussi talentueux que ceux de Gijon ont pris leur retraite alors que les caciques, les apparatchiks et les rentiers de l'Algérie d'en haut continuent toujours à nous écraser de leur mépris. Alors à quand la fin du match ?


par Moncef Wafi


Le Quotidien d'Oran