Eh ! Oh ! Monsieur Christian ! Dans quatre ans, le
minimum, c’est la…
… demi-finale de la Coupe du monde !

Le foot, l’opium des peuples. Mumm ! Refile-moi encore une p’tite dose d’opium, s’il te plaît ! Juste une bouffée de Slimani pour rester au-dessus du gazon, à quelques centimètres de la réalité. Oui, cette équipe n’est pas constituée de joueurs du cru. Allah Yarhem Babek, ressert-moi un verre de bon cru d’ici, tant qu’on en produit encore quelques fûts. Et même s’il n’y a plus de vin local, sort-moi cette bouteille d’import que tu caches dans ton placard. Que je m’enfile une rasade de joueurs eux aussi importés, qu’… importe le flacon ! Au bout de quelques lapées, je sais que je verrais le visage d’enfant boudeur et malicieux de Djabou sur l’étiquette. Il n’y a pas de championnat de foot en Algérie digne de ce nom. Oui, mais en même temps, j’ai là, sous les yeux, 23 noms dignes, d’une dignité qui efface sans trop de peine ma… peine devant la béance d’une politique sportive ici, au bled. J’en ai ma claque de pleurer sur l’incompétence de nos dirigeants à reconstituer une glorieuse formation comme celle de 1982 entièrement ou presque constituée de locaux. Laisse-moi rire et danser en terre du foot, même si Medjani se prénomme Carl, et même si j’ai l’impression de me trouver à la Courneuve, en bas d’une barre d’immeuble hideuse lorsque j’entends Brahimi répondre aux journalistes, et leur dire toute sa fierté d’Algérien. Demain, peut-être, lorsque l’opposition aura réussi son boulot d’opposition, que les coordinations de tout le pays auront bouclé la transition entre toutes leurs contradictions, et qu’une vraie politique sportive sera lancée, je m’extasierais alors sur une équipe algérienne totalement du bled et passant au second tour d’un mondial, peut-être même réussissant à pointer le bout de son nez certifié 100% couleur locale en demi-finale. Mais là, juste là et juste maintenant, redonne-moi-en ! Encore un peu de cet opium des peuples, mon cerveau en réclame. Je me shoote sans vergogne à ce drapeau de mon pays promené par 23 forcenés hilares sur une pelouse brésilienne, au pays des sorciers du ballon. Eux l’ont fait ! Peut-être par procuration. Peut-être en «mercenaires », ce vilain mot inventé par ceux qui ne peuvent mener eux-mêmes le combat pour leur dignité. Mais eux l’ont au moins fait, me redonner un p’tit chouia de cette fierté perdue depuis plus de vingt ans. Honteux aux ports et aéroports du monde, je l’étais d’exhiber ce bout de carré vert, un passeport devenu synonyme de suspicion. Je ne dis pas qu’aujourd’hui, je vais narguer les Pafistes de la planète depuis cette qualif’, mais au fond, très au fond de moi, je sais que le Pafiste, Jean Claude, Nestor ou John finira bien par déchiffrer dans mon carré vert de passeport la griffe de Feghouli et le visa vie de M’Bolhi ! Allez ! Redonne-moi une bouffée de cet opium du peuple et laisse-moi planer encore un peu, les occasions de planer dans cette triste et morne contrée sont devenues tellement rares. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.