Soutenue par la fondation suisse Antenna Technologies, la société Eléphant Vert a décidé d'investir 65 millions d'euros dans trois unités de production de biofertilisants à Meknès, Agadir et Berkane. Objectif : faire du Maroc un hub pour exporter les trois-quarts de sa production en Europe et en Afrique et créer 500 emplois au total à l'horizon 2017.

Cap sur l'agriculture biologique. La filiale marocaine d'Eléphant Vert veut se doter de trois usines. Un projet inédit dans lequel elle compte investir 65 millions d'euros dans la production de biofertilisants à Meknès, Agadir et Berkane.

25 MILLIONS D'EUROS EN INVESTISSEMENTS DIRECTS ABSORBÉS

Inauguré en juillet 2012, le site de Meknès a déjà absorbé en investissements directs 25 millions d'euros sur les 55 millions d'euros budgétés pour le seul site de Meknès.
Une enveloppe supplémentaire de 20 millions d'euros a même été prévue pour des projets à venir. A cette somme viennent s'ajouter environ 10 millions d'euros à répartir au titre de charges directes durant l’investissement.
Concernant les sites d'Agadir et de l'agropole de Berkane, ils bénéficieront chacun d'une enveloppe de 7 millions d'euros. Ce total de 14 millions d'euros comprend 10 millions d'euros d’investissements directs et 4 millions d'euros de frais liés à l'investissement.
Par ailleurs, grâce à la signature d'une convention d'agrément, le projet bénéficie d'exonérations fiscales et du fonds Hassan II pour le développement de 1,8 millions d'euros récupérés une fois les investissements réalisés.
"Le compost vient de notre usine à Meknès : nous le fabriquons nous-mêmes à partir de la valorisation de déchets agricoles locaux, (fiente, fumier), végétaux (élagage, sarments, déchets verts). Ils sont collectés auprès de divers fournisseurs locaux du bassin de Meknès (agriculteurs, éleveurs, industries agroalimentaires voisines...)" explique à L'Usine Nouvelle, Sébastien Couasnet (photo), directeur général d'Éléphant Vert.

DES BIOFERTILISANTS COMMERCIALISÉS SOUS LES MARQUES FERTINOVA ET ORGAVERT
Le processus est découpé en plusieurs étapes. La première consiste dans la sélection des matières premières (déchets). Ensuite intervient la mise en fermentation. La phase d'aérobie d'enrichissement à base d'azote et d'ammoniac est un paramètre de production classé "secret de fabrication". Dès que le stade de maturation du produit est atteint, il est suivi par celui du conditionnement.
Outre le compost, Elephant Vert propose des biofertilisants commercialisés sous les marques Fertinova et Orgavert, un biofertilisant enrichi en bactéries. Les produits de traitement des cultures comprennent des bioinsecticides, bioacaricides, biofongicides et autres bionématicides.
"Nous voulons faire de Meknès une vitrine d'innovation industrielle, de recherche et développement". Pour mener à bien ses expériences, Eléphant vert recrute ses ingénieurs agricoles grâce aux annonces, aux réseaux sociaux, aux écoles d'ingénieurs et aux agences de recrutement.
"Nous envisageons la création de 300 emplois au global à l'horizon 2015 et 200 emplois à l'horizon 2017, soit un total de 500 emplois", précise Sebastien Couasnet.
A ces investissements financiers et humains, viennent s'ajouter des investissements matériels. "Une station d’essai de la "Clinique des plantes" sera opérationnelle à partir d’octobre 2014. Outre les expériences, elle aura notamment pour objet le diagnostic et les solutions aux problèmes spécifiques aux cultures.
Elle permet aussi la formation des exploitants agricoles qui pourront ainsi se former à l'utilisation des micro-organismes du sol et des biopesticides et des techniques favorisant une utilisation optimale des produits.
Dépendant des octrois d’autorisations administratives, les bâtiments finaux seront vraisemblablement livrés début 2015 mais la production pourra démarrer dès octobre 2014" rajoute le directeur général d'Eléphant Vert.

PRODUIRE 50 000 TONNES DE BIOFERTILISANTS À BASE DE MICRO-ORGANISMES
Implantée sur un terrain d'une dizaine d'hectares, l'unité de production de Meknès projette depuis sa création en juillet 2012 de produire 50 000 tonnes de biofertilisants à base de micro-organismes et 120 tonnes de biopesticides à l’horizon 2015.
Produire des biofertilisants ne suffit pas, encore faut-il les essayer. "Au Maroc, nous testons nos biofertilisants sur plusieurs cultures différentes parmi lesquels on peut citer banane, fraise, orange, blé, clémentine, pomme de terre, menthe, pastèque, betterave sucrière etc. Environ une centaine d'essais sont en cours dans différents régions du Maroc."

Pour réaliser ses tests au Maroc, Eléphant Vert coopère avec la Moroccan foundation for advanced science innovation and reseach (MASCIR) et l'université de Meknès. "Lors de notre démarrage, l'université Moulay Ismail de Meknès nous a prêté au début cinq labos pour faire nos tests", raconte le directeur général d'Eléphant Vert.
Et certains essais se sont avérés prometteurs. "Pour la pomme de terre, par exemple, en utilisant nos biofertilisants, nous sommes passés d'un rendement de 60 à 80 tonnes" (+25%). Un gain estimé pour le producteur de 30 400 dirhams (2708 euros) à l’hectare.

METTRE EN PLACE UN RÉSEAU DE DISTRIBUTION LOCAL

Éléphant Vert compte mettre en place un réseau de distribution local pour permettre à différentes régions du Maroc d’avoir accès aux biofertilisants et biopesticides produits sur ses sites de production.
"Pour les projets à terme, sur Agadir et Berkane, nous souhaitons nous associer en partenariat avec des entreprises locales", indique Sébastien Couasnet.
"Nous comptons exporter les trois-quarts de notre production en faisant du Maroc un hub. Pour le moment, en Afrique, nous avons une unité de production au Mali et des implantations en cours de développement dans de nombreux autres pays comme le Sénégal, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Cameroun, le Kenya ou Madagascar."


usine nouvelle