Le dinar plonge sur le march informel. Une baisse lie la conjoncture, mais aussi due des lments structurels, qui traduisent le manque de confiance dans la monnaie algrienne.

Leuro a dpass, la mi-juin, la barre des 160 dinars sur le march informel algrien. Cest la premire fois depuis la cration de la monnaie europenne que le dinar atteint une telle parit, augmentant encore le foss entre taux officiel et taux parallle. Au square Port-Sad, principal march informel des devises Alger, leuro valait, en fin de semaine dernire, 160 dinars lachat, et 158 dinars la vente. Ce taux tait en vigueur depuis une semaine, quelques variantes prs, aprs un pic 162 dinars pour un euro.

A Tlemcen, le pic de 162 dinars a t galement atteint, tout comme El-Eulma. Dans dautres villes dAlgrie, on signale un taux lgrement en-dessous de 160 dinars, mais la tendance la baisse de la valeur du dinar semble la mme partout.

Ce mouvement reflte une baisse de la valeur du dinar, non une hausse de la monnaie europenne, souligne un conomiste. Le dinar chute dailleurs par rapport lensemble des devises fortes. Le dollar tait ct 117 dinars Port-Sad, Alger. Au cours officiel, les parits sont de 107 et 79 dinars face respectivement leuro et au dollar. Au march noir, leuro est exactement 50% plus cher que sur le march officiel.

VACANCES ET OMRA DU RAMADHAN

Les acteurs du march informel invoquent les traditionnelles raisons qui poussent une baisse du dinar en cette priode de lanne. Ils citent notamment lapproche des vacances, priode durant laquelle une forte pression sexerce sur le march de la devise. Cette anne, la Tunisie est plus attractive, avec la baisse de la tension politique, ce qui va augmenter considrablement la demande vers ce pays, observe un analyste.

Autre raison, lapproche du hadj, ainsi que la Omra du Ramadhan, devenue trs prise en Algrie. Un agent touristique note que malgr la chaleur et la menace du coronavirus, la demande demeure trs forte pour la Omra du Ramadhan, particulirement celle qui couvre la seconde moiti du mois sacr. Les frais de sjour vont de 260.000 300.000 dinars, mais il est trs difficile dobtenir des rservations, dit-il. En priode normale, les frais de la Omra ne dpassent gure 150.000 dinars. Des sjours, avec des conditions trs correctes , sont proposs 120.000 dinars, selon cet agent de voyages.

LA CONFIANCE DES AGENTS ECONOMIQUES

La hausse nest toutefois pas lie uniquement la conjoncture. Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la banque dAlgrie, limpute labondance de liquidits sur le march. Cela fait des annes que le gouvernement distribue de largent pour acheter la paix sociale , dit-il, soulignant que a devait se rpercuter tt ou tard sur la valeur relle du dinar . Il affirme aussi que la monnaie reflte avant tout le degr de confiance des agents conomique et de la population, non seulement dans les perspectives conomiques, mais surtout dans la stabilit politique. Najy Benhacine, conomiste, souligne quil y a une explication naturelle cette dprciation du dinar : on consomme trop de produits imports par rapport notre production. Nous sommes trop gourmands de produits trangers, et nous ne sommes pas assez comptitifs pour les produite chez nous . Pour lui, le dinar officiel est clairement survalu. Cest un ajustement naturel qui doit se faire. Le dinar doit naturellement se dvaluer et cette pression se reflte sur le march noir, mais sans amliorer les autres facteurs qui freinent la comptitivit de notre conomie .

GESTION BUREAUCRATIQUE

M. Benhacine estime aussi que cette dvaluation vient entamer laugmentation un peu artificielle du pouvoir dachat que les hausses de salaires de la fonction publique ont permis ces dernires annes . Il sinquite galement de voir que le taux parallle dcroche sans que le taux officiel ne suive. Cet cart offre des possibilits de triche et darbitrage trs rentables, mais illgaux, artificiels, et qui engendrent des distorsions et comportements sans bnfice conomique rel , dit-il.

Le march de la devise reste gr de manire chaotique par le gouvernement, qui admet lexistence dun march parallle sans pouvoir le contrler. Des dmarches ont t engages pour mettre en place des bureaux de change, des agrments ont t accords par la banque dAlgrie, certains ont t retirs, mais les bureaux nont jamais fonctionn. Une simple vellit bureaucratique, irrflchie et inaboutie , commente un conomiste. Un ancien ministre de lintrieur, Daho Ould Kablia, avait mme trouv des vertus au march parallle de la devise, qui permet aux Algriens de trouver une ressource officiellement non disponible pour certains besoins spcifiques (achat de mdicaments, paiement de la scolarit denfants ltranger, etc.).


Le quotidien d'oran