Le ministre de l’Energie, Youcef Yousfi, a vertement critiqué, hier, les experts qui ont rejeté les récents choix énergétiques de l’Algérie, dont principalement le gaz de schiste. Il n’a pas été tendre non plus avec ceux qui ont dénoncé « l’absence d’une stratégie nationale de développement économique en dehors du secteur des hydrocarbures ».«Certains disent que nous n’avons pas de politique énergétique efficace ni une réelle vision pour le futur. Je voudrais leur dire que nous avons une vision à long terme, car dans notre domaine, notre travail s’inscrit sur des délais allant de 20 à 40 ans », a-t-il déclaré lors d’une journée de formation destinée à la presse organisée au siège du ministère de l’Energie. Il a affirmé, à ce sujet, que « pour les 5 à 10 ans à venir, nous n’aurons aucun problème dans le domaine énergétique, ni par rapport au prix, ni par rapport aux ressources, et ce, à moins d’un imprévu majeur. Ce qui nous intéresse réellement, c’est le long terme », a-t-il souligné. Le long terme est, selon le ministre, ce qui pousse l’Etat algérien à réfléchir aux énergies alternatives. Il a signalé, dans ce contexte, que l’Algérie a intensifié les opérations de prospection depuis quelque temps, ce qui a eu pour résultat la mise en évidence, en 2013, de l’équivalent de 3 milliards de barils de pétrole. Visiblement agacé, le ministre a fustigé les experts ayant communiqué autour des risques que représente l’extraction du gaz de schiste en Algérie. « Les vrais experts sont ceux qui travaillent sur le terrain dans le sud du pays sous 55 degrés. Ce sont eux qui savent de quoi ils parlent », a martelé le ministre, désignant des cadres du ministère, présents dans la salle de conférence.
Selon Youcef Yousfi, « il faut faire la distinction entre ceux qui ont peur du changement et qui émettent des critiques en toute bonne foi et ceux qui ont des motivations politiques et qui ont pour objectif de critiquer le gouvernement ».
Concernant la question précise du gaz de schiste, le conférencier a affirmé que l’extraction de cette énergie ne présente pas davantage de risques que les autres sources d’énergie. « Nous n’allons pas assoiffer le pays en faisant de l’extraction des énergies conventionnelles. L’extraction des énergies non conventionnelles nécessite l’utilisation de la même quantité d’eau que celle nécessaire à l’extraction des hydrocarbures », a-t-il assuré. « Le gaz de schiste n’est pas plus dangereux que le nucléaire », a-t-il poursuivi, précisant que cette énergie est encore largement utilisée dans certains pays en dépit de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima survenue en 2011 au Japon. Il a, par la même occasion, démenti le fait que des faveurs aient été accordées à des compagnies françaises pour le gaz de schiste, répondant aux rumeurs ayant circulé dès la visite du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, les 8 et 9 juin courant. Le ministre n’y est pas allé avec le dos de la cuillère à l’égard des experts qui critiquent la non-diversification de l’économie algérienne. Une économie essentiellement basée sur les hydrocarbures. « Ces experts lorsqu’ils ne nous critiquent pas sur des questions techniques, ce sont les choix économiques qu’ils critiquent », s’est-il plaint. Yousfi dira, en guise de réponse, que « l’Algérie s’est lancée dans de grands projets tels que celui des mines de fer de Ghar Djbilet (wilaya de Tindouf, NDLR) qui représente un investissement de 10 à 15 milliards de dollars, ou encore de la réalisation de six nouvelles raffineries en plus de nombreux autres grands projets. Comment voulez-vous que ces projets soient financés si ce n’est par les recettes générées par les exportations des hydrocarbures ? », s’est-il interrogé. Il a poussé son raisonnement encore plus loin en comparant la stratégie algérienne à celle des pays industrialisés. « Les Etats-Unis, qui sont la première puissance économique mondiale, veulent augmenter leur production en énergie et se sont tournés vers le gaz de schiste, le Canada qui produit trois fois plus de pétrole que l’Algérie et deux fois plus de gaz veut aller vers les énergies non conventionnelles. La même chose est à relever pour la Russie, pourtant premier producteur de pétrole au niveau mondial et qui détient le gros des réserves mondiales en pétrole et gaz, qui commence à s’intéresser au gaz de schiste. Pourquoi faut-il qu’il en soit autrement pour l’Algérie ?», a-t-il dit.

Des méthodes non conventionnelles pour extraire du pétrole à Hassi Messaoud

Youcef Yousfi a assuré, par ailleurs, que l’Algérie n’avait pas d’autres choix que de diversifier les sources d’énergie afin de répondre aux défis futurs, notamment ceux liés à la progression de la demande interne. « La politique énergétique algérienne consiste à ne pas fermer les yeux sur les nouvelles méthodes pour mieux répondre à nos besoins énergétiques», a rappelé le ministre. A ce propos, il a évoqué le fait que l’Algérie sera le premier pays africain dans le domaine de l’énergie solaire à la fin de l’année 2014, ajoutant que la première centrale électrique fonctionnant sur la base de l’énergie éolienne sera opérationnelle dans quelques jours dans la wilaya d’Adrar. Le ministre a parlé de diversifier les ressources, mais aussi les techniques d’exploitation. Il a annoncé, à ce sujet, l’utilisation prochaine d’une « méthode non conventionnelle pour extraire de plus grandes quantités de pétrole dans les champs pétroliers de Hassi Messaoud ». Sans donner davantage de détails au sujet de cette méthode, il a parlé des tests effectués par les experts du ministère de l’Energie pour utiliser des moyens moins coûteux pour l’exploitation des énergies non conventionnelles, tout particulièrement.

Les critiques qui auraient énervé le ministre

Les énergies non conventionnelles et plus précisément le gaz de schiste ont divisé, ces derniers mois, les spécialistes algériens. Des experts, ex-cadres de Sonatrach et anciens ministres ont rejeté l’option du schiste considérant qu’elle était à la fois coûteuse et risquée. Face à eux, d’autres experts, notamment ceux du ministère de l’Energie, défendent ce nouveau choix énergétique démentant le fait qu’il y ait de réels risques. L’organisation par le ministère de l’Energie de journées d’information au profit de la presse entre d’ailleurs dans le cadre d’une politique de dédiabolisation des énergies non conventionnelles. La plus virulente des critiques essuyées par le ministère de l’Energie et le gouvernement, en général, a été faite par l’ex-chef de gouvernement, Sidi-Ahmed Ghozali. Invité le 7 juin courant au forum d’El Khabar, Ghozali a déclaré, sans détour, que « le gouvernement s’attarde sur la question du gaz de schiste pour détourner l’attention des véritables problèmes du pays, dont principalement l’absence de politique énergétique ». Quelques jours plus tard, Hocine Malti, ancien responsable, a déclaré dans un entretien accordé à Al Huffington Post que « le fait d’exploiter le gaz de schiste est tout simplement criminel ». Cet ancien responsable pense que l’exploitation du gaz de schiste est dangereusement polluante. Pour d’autres experts et anciens responsables de Sonatrach, l’exploitation du gaz de schiste est coûteuse. Ces multiples déclarations ont manifestement poussé le ministre de l’Energie à exprimer clairement son opinion, non sans une dose d’émotion. Le 15 juin courant, une marche anti-gaz de schiste a été organisée dans la wilaya de Ouargla. Une première du genre en Algérie.


Auteur: Ahmed Gasmia

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