Affaire Sacchi : Le foot italien a bien des problmes rgler mais ne sait pas les dnoncer




Aprs Carlo Tavecchio lt dernier, cest au tour dArrigo Sacchi de tenir des propos extrmement maladroits. Si le football italien a tout un tas de problmes rsoudre, ses dirigeants devraient avant tout tre capables de les dnoncer.
Un Sacchigate. Il ny a pas dautres mots. Le smillant technicien italien sest laiss aller de dangereuses affirmations propos du nombre de joueurs trangers dans la botte. Elles font cho dautres dclarations trs maladroites de la part du prsident de la fdration, alors simple candidat, Carlo Tavecchio en aot dernier. Ajoutez cela une conversation tlphonique prive de lomnipotent Claudio Lotito dans laquelle il dmontre tout son pouvoir, et vous avez l des reprsentants des hautes instances du football italien de nouveau emptres dans des polmiques sans fin.Pourtant, le flop de la Squadra Azzurra au dernier Mondial et labsence des rsultats des clubs italiens sur la scne europenne laissaient penser une relle prise de conscience, mais on a surtout eu des paroles l o il aurait rapidement fallu des actes. Aprs cet nime drapage dialectique, difficile pour les passionns du football italien de sauver les meubles. Et inutile de se "rassurer" en se disant que la France y a eu droit avec Laurent Blanc et Willy Sagnol. Le mal est fait, la rputation (ou ce qu'il en reste) ternie.

Sacchi devrait descendre de son pidestal et sortir un peu plus souvent de chez lui

"Voir autant de joueurs de couleur et dtrangers est une offense pour le football italien" : ce sont les dclarations dArrigo Sacchi sur le tournoi de Viareggio, historique comptition de jeunes qui regroupe principalement des quipes italiennes U19. Si on peut encore discuter sur le fond, la forme, elle, est compltement loupe et son statut de lgende du foot ne doit pas lui faire pardonner cette sortie tout fait vitable. Le raccourci joueur de couleur = tranger, voire noir = non-italien, est en total dcalage avec le monde actuel et lItalie daujourdhui. Certes, ce pays a connu une immigration moins importante que la France, mais il suffit de se balader dans les rues des diffrentes villes pour voir des adolescents dorigine africaine parler un parfait italien. Qui sont dailleurs les Balotelli, Okaka et Ogbonna ? Plutt que de passer son temps donner des leons de football, Sacchi devrait descendre de son pidestal et sortir un peu plus souvent de chez lui.Carlo Tavecchio avait pourtant russi faire pire encore en aot dernier, avec son dsormais clbre "Opti Pob mange des bananes et le jour daprs, il joue au football en Italie." Des dclarations de la part de sexagnaires si ce nest racistes, en tout cas rtrogrades et surtout irresponsables. Croyant bien faire, le sulfureux prsident de Palermo Maurizio Zamparini na fait quempirer les choses : "Moi jaime les ngres, mais je les appelle ngres, comment devrais-je les appeler ?" En italien, le mot "negro" a beau ne pas avoir la mme connotation ngative que "ngre", il serait temps de se rendre compte quil est bannir en 2015, et mme bien avant. Comment ne pas penser un seul instant la vague dindignation que de tels propos peuvent provoquer ? Assez invraisemblable.
Mea culpa ? Que nenni

"Je ne suis pas raciste, jai par exemple entrain Rijkaard", a expliqu Sacchi juste avant la fameuse phrase incrimine. Une version remasterise du "Je ne suis pas raciste, mais". Dans un dito sur la Gazzetta dello Sport de mardi, il a tenu sexpliquer en reprenant le mme concept mais en y ajoutant cette fois Ruud Gullit, autre Nerlandais originaire du Surinam Impossible visiblement de mettre son orgueil de ct et de reconnatre son erreur sur la terminologie employe. Cela mettrait pourtant de suite fin une polmique qui a vite dpass les frontires. L encore, il est trs simple dtablir un parallle avec Carlo Tavecchio qui avait agi de la mme faon. Pas de machine arrire, mais juste des photos de lui avec de jeunes Africains, agites devant une assemble de photographes pour montrer son investissement personnel envers la cause africaine.La justice sportive italienne avait dailleurs cru bon de ne pas sanctionner les propos de son no-prsident. "Les chiens ne mordent pas les chiens", dit un fameux proverbe italien Une dcision en contraste avec celle de la Fifa qui, elle, avait dcid de suspendre Tavecchio de ses fonctions pendant quelques mois. Concernant Sacchi, cest cette fois le ministre des Sports italien, Graziano Delrio, qui condamne la grosse gaffe : "Une grave erreur dArrigo, il y a des jeunes de couleur 100 % italiens mme sils ont des parents trangers. LItalie nest plus celle dil y a 30 ans. Ce nest pas franchement de la couleur de peau quil faut partir pour rgler le problme dans les centres de formation italien." Effectivement, car tout ce remue-mnage a fait finalement passer le fond au second plan.

Carlo Tavecchio, prsident de la Fdration de football italienne, en 2014. - Imago

Pendant ce temps, les problmes persistent

Cela fait plusieurs annes que les joueurs italiens sont minoritaires en Serie A, les statistiques de la saison 2013-2014 parlent dune proportion de 46 %, stat qui baisse 30 quand elle est tablie sur les cinq premiers du classement. Evidemment, aucune loi noblige daligner des Italiens, cest le principe de la libre circulation des travailleurs au sein de lUnion europenne.Toutefois, sur ces 54 % dtrangers, combien ont-ils une relle valeur ajoute ? Dillustres inconnus foulent les terrains de Serie A pour des intrts purement conomiques. Pendant ce temps, Conte dprime devant le nombre ridicule de slectionnables. La situation dans les centres de formation va dans ce sens, la prsence de joueurs trangers y est dj importante. Cinq des onze joueurs titulaires de lInter lors de la finale du tournoi de Viareggio ntaient pas italiens : un Roumain, un Guinen, un Ghanen et deux Ivoiriens. Ce qui a visiblement pouss Sacchi son raisonnement bancal, dict galement par son rcent pass de superviseur des slections de jeunes italiennes.La seconde partie de ses propos prend alors tout son sens : "lItalien na aucune dignit, il est prt vendre son me pour le business. Quand jofficiais au Real Madrid, les supporters critiquaient labsence de joueurs de la cantera, cela narriverait jamais en Italie." Et cest vrai. Sacchi a dailleurs prcis son opinion dans le journal rose : "On va chercher des jeunes en Afrique, en Amrique du Sud et en Europe de lEst, tous arrivent avec un rve, mais peu russissent, quels contrecoups psychologiques subissent-ils ?"lmentaire mon cher Arrigo, mais qui la faute ? Srement pas celle des joueurs qui seraient idiots de refuser une telle opportunit pour le bien de la Squadra Azzurra et des jeunes Italiens. Les responsables sont les agents de joueurs mais aussi les dirigeants, que Sacchi connait trs bien. A-t-il vraiment le courage de les dnoncer ? Quoi qu'il en soit, une nouvelle rgle a t adopte par la fdration, partir de 2016, les clubs de Serie A devront prsenter des effectifs clos de 25 joueurs bass sur les mmes critres que les listes UEFA, soit quatre joueurs forms au club et quatre autres en Italie. Et peu importe s'ils sont noirs, jaunes, blancs, rouges carlates ou bleu des mers du sud !