Le CHU Ben Badis, outre l’insalubrité et le difficile accès aux soins, fait face à un problème plus grave : l’insécurité.


Le choc au CHU Ben Badis de Constantine. L’affaire du bébé Leith, enlevé de la nursery le 27 mai 2014 et retrouvé vendredi dernier, est encore sur toutes les lèvres. Une mauvaise publicité dont ce centre hospitalo-universitaire, acculé pour ses carences multiples, se serait volontiers passé. Cet enlèvement aurait-il pu être évité ? Pas si évident, avance-t-on dans les milieux concernés tant la sollicitation inquantifiable de l’infrastructure est devenue «inhumaine».


Partant, ce CHU «foire d’empoigne» est devenu sujet à tous les risques. «Nous représentons une sorte de carrefour pour tous les malades de l’est du pays qui sont évacués parfois pour une banalité. C’est intolérable», s’indigne un médecin qui relève, au passage, le caractère… impatient des patients, lesquels ont parfois recours à la violence.

L’insécurité revient ainsi tel un leitmotiv dans les conversations entre praticiens. Déjà accusé de tous les maux, le CHU est, à présent, perçu comme une structure de plus en plus insécurisée que l’enlèvement du nourrisson Leith a dévoilée au grand jour. En effet, outre l’insalubrité, le difficile accès aux soins, le manque de personnel paramédical et de médicaments, le CHU Ben Badis doit faire face à cette tare qu’est l’insécurité. De nombreux médecins en ont été victimes ces derniers mois, notamment au niveau du service maternité qui a connu, depuis l’été dernier, une série d’agressions de la part d’accompagnateurs de malades. Pour apaiser les esprits, l’ancien directeur du CHU avait promis de résoudre le problème de l’insécurité, mais ses promesses sont restées lettre morte.

A contrario, l’insécurité est devenue un sujet brûlant, propulsé à la une de toutes les insuffisances dont souffre cette infrastructure sanitaire avec la malheureuse affaire de l’enlèvement du bébé Leith. «D’habitude, quand un malade se rend à l’hôpital, il ne doit se soucier que de sa santé. Il n’est pas censé veiller sur sa personne ou sur son enfant d’une quelconque agression extérieure. C’est vraiment lamentable. Laisser des gens entrer dans un hôpital comme dans un moulin, cela ne devrait pas se produire. C’est grave pour nous, médecins, d’exercer notre profession en ayant à supporter la colère de certains accompagnateurs de patient ou garde-malade pour un problème de soins ou de mauvaise prise en charge. C’est vrai que les patients souffrent, mais nous aussi nous ne sommes guère gâtés par un système sanitaire complètement désuet», fulmine une résidente en pédiatrie.

Aujourd’hui, ils sont des centaines de jeunes médecins à pester contre le système sanitaire en Algérie, tout comme leurs aînés, blasés et impuissants devant une situation subie. «La santé est un secteur instable. Nous avons vu défiler plusieurs ministres, mais toujours pas de statut. Avant de penser à organiser des assises sur la santé, le ministère doit d’abord faire le bilan de la réforme», estime le docteur Bouchagour, praticien à l’EPH de la commune d’El Khroub et membre du conseil de l’Ordre des médecins, arguant à ce titre la nécessité d’«ouvrir préalablement le débat au niveau de la base», tout en déplorant que la progression de carrière ne soit pas applicable à tout le monde.

Faisant le point sur la situation du secteur sanitaire, notre interlocuteur met en exergue le manque, de personnel paramédical au niveau des hôpitaux et, d’un autre côté, l’existence d’«une pléthore de praticiens ayant bénéficié d’une formation au rabais». Paradoxalement, sur le terrain, on assiste à un manque d’accès aux soins ainsi qu’à leur inefficacité, soutient par ailleurs le docteur Bouchagour.
En somme, le CHU Ben Badis est victime d’un déséquilibre flagrant entre l’offre et la demande. «Tant que les hôpitaux limitrophes continueront à évacuer des patients faciles à prendre en charge chez eux, on continuera à subir la pression et, transitivement, la prise en charge en pâtira», soutient une gynécologue.

Lydia Rahmani-El Watan