D’un montant de 10 milliards d’euros, un accord militaire algéro-allemand, étalé sur dix ans, prévoit l‘acquisition de divers engins et la construction en Algérie d’une usine de blindés.


Fruit de plusieurs années de négociations entre les deux pays, ce contrat, dont les première discussions ont été entamées en 2009, s’est
élargi à d’autres volets de l’industrie militaire.Repris par l’AFP, le quotidien allemand Handelsblatt a jeté un pavé dans la mare en rendant publics, dans son édition d’hier, quelques détails sur le contrat d’armement, signé en 2011 entre l’Algérie et l’Allemagne, portant sur la livraison 980 chars de type Fuchs 2, la construction (en Algérie) d’une usine complète de blindés, l’achat de deux frégates et de véhicules industriels.

Le journal Handelsblattnote néanmoins que l’achat des chars Fuchs 2, pour un montant de 2,7 milliards d’euros, entre dans le cadre d’un accord économique algéro-allemand d’une valeur de 10 milliards d’euros, comportant plusieurs axes, dont la livraison de deux frégates par ThyssenKrupp et de véhicules industriels par le géant germanique, Daimler.

Très critique à l’égard du gouvernement qu’il accuse d’avoir vendu des armes à «un Etat autoritaire», le journal a suscité une réaction officielle de son gouvernement, dont le porte-parole a indiqué hier, lors d’un point de presse (repris par l’AFP), que «le feu vert à une telle collaboration avec l’Algérie avait été donné en 2011 par le précédent gouvernement conservateur de la chancelière Angela Merkel et non par la coalition actuelle», précisant toutefois que «pour le moment, aucune demande d’exportation n’a été faite auprès du ministère de l’Economie».Le porte-parole parlait certainement de nouvelles autorisations, parce que l’accord en question est en exécution depuis 2011, et les équipements achetés sont, pour une grande partie, déjà en Algérie. Il est important de rappeler que la signature de ce contrat est le résultat de négociations entre l’Algérie et l’Allemagne ayant duré plus de trois ans.

Un marché de 10 milliards d’euros

Au début, elles portaient sur la production en Algérie des chars Fuchs, puis elles ont été élargies à d’autres volets liés à l’industrie militaire, avant que le feu vert du Conseil de sécurité du gouvernement ne soit donné pour l’exécution de ce marché d’un montant de plus de 10 milliards d’euros (14 milliards de dollars), étalé sur une période de dix ans. Les autorisations d’exportation, faut-il le souligner, étaient déjà acquises vers l’été 2011.

Dans l’accord, le groupe Daimler devait livrer à l’armée algérienne des camions et des véhicules tout-terrain. Au mois de mars 2011, le même groupe avait signé avec l’Algérie et le fonds émirati Aabar un accord de partenariat pour la création d’une société mixte de production de véhicules industriels. Et le premier camion made in Algeria, sous la marque Mercedes-Benz est sorti le 30 avril 2014, des chaînes d’assemblage de l’usine de la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) de Rouiba.

De type Actros, le véhicule est l’un des cinq modèles de camions devant être assemblés en Algérie avec une capacité annuelle de 550 unités, en 2014, avant d’atteindre 2000, en 2015, alors que, dès la fin de l’année en cours, la production de véhicules légers tout-terrain devra être effective à Tiaret.

Par ailleurs, les deux groupes industriels allemands, Rheinmetall et Ferrostaal, produiront pour le compte de l’Algérie, quelque 980 chars de type Fuchs 2 et construiront (en Algérie) une usine de fabrication de blindés d’une capacité annuelle de 120 chars, avec la condition qu’ils ne soient pas revendus à d’autres pays. En outre, le géant ThyssenKrupp, un des leaders du secteur naval européen, spécialisé dans les navires de surface, les sous-marins et les services de soutien à la flotte, devrait fournir à l’Algérie deux frégates de la dernière génération, assurer la formation du personnel naval algérien et équiper les gardes-frontières en composants électroniques pour la surveillance des frontières.

L’allemagne parmi les premiers fournisseurs

Ce contrat a fait de l’Algérie le premier client de l’industrie militaire allemande, classée troisième exportateur dans le monde. En 2013, elle a importé pour 826 millions d’euros d’armements, essentiellement des blindés terrestres alors qu’en 2011 et 2012, et selon un rapport du ministère allemand de l’Economie, l’Algérie a réceptionné les deux frégates Meko A200et un premier lot de 54 blindés de transport de troupes de type Fuchs.

Depuis quelques années, l’Algérie a ainsi opté pour la diversification de ses partenaires dans le domaine de l’industrie militaire, et l’Allemagne auprès de laquelle, elle a acquis ses premiers sous-marins, au début des années 1980, a fait un grand bond en avant, pour être parmi les premiers de la liste de ses fournisseurs, avec, en tête, la Russie, qui lui vend plus de 11% de sa production. Entre 2004 et 2013, les importations militaires de l’Algérie ont connu une hausse de 36%, faisant d’elle le plus gros client de la région.

Certains spécialistes expliquent cette hausse comme étant «légitime» en raison des défis majeurs de sécurité imposés par les crises qui secouent les pays voisins, ainsi que des besoins de plus en plus importants engendrés par la nouvelle stratégie de professionnalisation de l’armée algérienne, dont les équipements ont plus de 40 ans d’âge. D’autres, par contre, craignent que derrière ces marchés, dont les montants mettent l’eau à la bouche, des géants de l’industrie militaire occidentale cachent une odeur de commissions, pour ne pas dire corruption, d’autant que l’armée algérienne reste toujours muette lorsqu’il s’agit de ses dépenses. Des craintes tout à fait légitimes, surtout lorsqu’on sait que l’ensemble des marchés du ministère de la Défense ont été conclus à huis clos. Hier, nous avions tenté d’avoir une réaction de la part du ministère de la Défense. En vain. Le ministère de la Défense est resté, comme d’habitude, silencieux.

Question qui reste posée : pourquoi une telle médiatisation maintenant d’un contrat, en exécution depuis trois ans ?


Salima Tlemçani- El Watan