L’Irak est menacé d’implosion. Rien ne semble aujourd’hui pouvoir stopper la percée de l’EIIL (État islamique en Irak et au Levant) vers Bagdad. Appelé à l’aide, Barack Obama va finir par engager des frappes. En 2013, il disait laisser derrière lui un Irak souverain, stabilisé et prospère. Comme quoi depuis 11 ans la Maison blanche ne comprend vraiment rien à l’Irak.

Au large de l’Irak, un bâtiment de guerre américain croise, prêt à intervenir. Ce bâtiment s’appelle le "Georges Bush", du nom du père de Georges Bush Jr. Un Bush pour sauver l’Irak. Jusque dans les détails, les Américains sont à côté de la plaque sur l’Irak.

Cette poussée de l’EIIL est le fruit de 11 ans d’erreurs. En 2003, à peine rentrés dans Bagdad, les Américains se posent la question. Pourquoi ne pas poursuivre jusqu’à Damas et renverser aussi Hafez el Assad ? La Syrie en plus de l’Irak ! L’aveuglement américain n’avait pas de limite. Ils ne l’ont pas fait. L’EIIL si. Jamais l’administration Bush n’a voulu entendre les mises en garde de ceux qui connaissaient bien cet orient compliqué. Voilà le résultat.

Il n’aura pas fallu 6 mois aux libérateurs pour devenir des occupants. En arrivant, l’administration américaine appuie exactement là où il ne fallait pas : les antagonismes religieux entre sunnites et chiites. Saddam Hussein avait martyrisé les chiites, accusés de soutenir l’Iran en guerre avec lui pendant 10 ans. Les Américains en déduisent qu’ils vont s’appuyer sur eux, les chiites pour changer le visage du pays, ouvrant par la même un boulevard à l’Iran pour tirer les ficelles dans leur dos.

Dans la foulée, le pro-consul Paul Bremer prend la pire des décisions. Il nettoie l’appareil d’État des bassistes. Ceux qui avaient adhéré au parti de Saddam Hussein (ce qui était obligatoire pour entrer dans l’administration et l’armée) sont chassés. Par milliers, des soldats, des officiers de carrière, qui ne soutenaient pas le régime plus que cela, sont jetés à la rue. Sans travail, sans revenu, humiliés, associés à un tyran dont ils ont aussi fait les frais, ils vont se retourner contre les Américains et basculer dans la lutte armée. À Falloudja et à Bagdad. Aujourd’hui, beaucoup de cadres de l’EIIL ne sont pas plus islamistes que vous et moi. Ce sont d’anciens membres de la garde présidentielle de Saddam, bien décidés à prendre leur revanche.

D’autres revanchards ont plus récemment grossi les rangs de l’EIIL. Sunnites eux aussi, épurés eux aussi. Pas par les Américains, mais par le gouvernement du premier ministre Maliki. Il y a deux ans, ils ont subi la chiitisation de l’appareil de sécurité. Ils rejoignent l’EIIL, souvent pour la solde, comme mercenaires et pour revenir un jour à Bagdad. "Quand l’EIIL recrute 100 hommes en Syrie, il en recrute 1000 en Irak", prévenait le diplomate Brahimi en décembre.

Aujourd’hui il est trop tard. L’EIIL va faire la jonction avec les tribus sunnites qui le soutiennent, au nord de Bagdad et dans la région de Ramadi et Falloujah. La guerre fratricide aura lieu. La folie américaine l’aura réveillée. Pas sûr que les drones et les missiles d’Obama y mettent fin.


Olivier Ravanello