Le pays est-il atteint par la malédiction ? Ses dirigeants sont-ils devenus si irresponsables qu’ils sont prêts à pactiser avec le diable et à accepter toutes les compromissions dans le seul but de pérenniser le système et leurs seuls intérêts ? Il y a de quoi avoir peur quand on voit ce qui se passe avec les consultations sur la révision de la Constitution. Il n’y a qu’en Algérie où l'on attribue généreusement et toute honte bue le qualificatif de «personnalités» à des individus dont la place est derrière les barreaux pour l’éternité.

Il y a de quoi être effrayé quand on voit des gens comme Kamel Guemazi et Madani Mezrag «invités» à El Mouradia par un directeur de cabinet pourtant connu pour être un grand patriote dont l’Algérie peut être fière. Le premier, alors qu’il était président du Conseil populaire de la ville d’Alger (CPVA), a annoncé en décembre 1991, au lendemain du premier tour des élections législatives remportées par le FIS, que son parti a préparé «une liste de communistes, de démocrates, de francophones» qui seront pendus au lendemain du second tour.
Le second a fanfaronné, publiquement et sans aucun remord, avoir achevé un jeune appelé, blessé qui le suppliait du regard, avec la kalachnikov qu’il venait de lui enlever des mains. Le criminel était à l’époque des faits chef de l’AIS.

Personne n’est contre la paix. Les dirigeants d’un pays sont tenus de ne ménager aucun effort pour mettre fin à l’effusion de sang. Mais il faut d’abord que les bourreaux demandent pardon à leurs victimes avec la manière, par exemple, qui a été mise en œuvre en Afrique du Sud par le grand Nelson Mandela. Publiquement, les tortionnaires et les assassins se sont prosternés devant leurs victimes, ce qui a contribué à ramener la paix dans les cœurs et dans les esprits.

En Algérie par contre, on a déroulé le tapis rouge devant les terroristes islamistes sans aucune concession de leur part et sans qu’ils aient affiché un quelconque remord. De cette manière, on a outragé et assassiné une seconde fois Katia Bengana, Djilali Belkhenchir, Mahfoud Boucebci, Abdelhak Benhamouda, tous les intellectuels, les magistrats, les militaires, les gendarmes, les policiers, les paysans et autres victimes de la barbarie fissiste. Une politique honteuse qui vise à les placer dans la case pertes et profits. Et que même les organisations internationales, qui voyaient avec condescendance le FIS dissous, ont dénoncée.

Tayeb Belghiche- El Watan