Selon des sources concordantes, un problème de portes a été détecté sur les A380, notamment sur ceux d'Emirates. Il faudrait changer certaines portes des appareils en service. La solution sera apportée dans les prochains mois.


C'est une nouvelle tuile pour Airbus. Après les microfissures sur les ailes de l'A380 fin 2011 début 2012, les portes du géant des airs poseraient également un certain nombre de problèmes, selon plusieurs sources industrielles concordantes. Un problème sérieux au point que plusieurs compagnies aériennes disposant d'A380 dans leur flotte, dont Emirates, ont demandé à Airbus de changer certaines des portes du gros porteur fabriquées par Airbus Helicopters (10 portes du pont principal sur un total de 16 portes passagers) et Latécoère (7 portes : six du pont supérieur et la porte cargo à l'arrière de l'avion). Airbus confirme avoir informé les opérateurs de l'A380 par deux bulletins (AOT) le 22 janvier et le 28 mars 2014. L'avionneur affirme également qu'il n'y a pas de problèmes de sécurité des appareils en vol.

"Il y a un problème de portes. Il faut les changer. Elles vibrent, font du bruit. Cela ne pose pas de problème de sécurité. Mais c'est ennuyeux car il faut immobiliser les avions. Airbus a trouvé comment remédier au problème. Mais la solution sera mise en place dans quelques mois. Les avions qui sont aujourd'hui sur la chaîne d'assemblage sont assemblés avec l'ancien système ", explique un très proche du dossier.

Une solution a, en effet, été trouvée par une équipe basée à Hambourg et l'autorité de sécurité européenne (AESA). "Contrairement au problèmes de microfissures, il n'y a pas besoin de recertifier les portes", précise un autre proche du dossier. Plus de 120 avions A380 sont opérationnels dans le monde, depuis le lancement de cet appareil par Airbus en 2007. Avec 48 exemplaires dans sa flotte (et 92 en commande), c'est la compagnie du Dubaï qui exploite la plus grande flotte au monde d'A380.


Le montant de la facture ?
A l'image des microfissures qui avaient été détectées sur les ailes, des criques (fissures de fatigue) seraient apparues prématurément sur les portes de l'A380, précise une des sources. Les deux sous-traitants - Latécoère et Airbus Helicopters - , qui ont respecté le cahier des charges, sont hors de cause, explique-t-on de sources concordantes. L'origine de ces criques viendrait du cahier des charges initialement réalisé par les ingénieurs d'Airbus lors du design de l'appareil.

Mais chez Airbus, une source estime que le problème est cantonné à des questions de joints, qui doivent être remplacés, pour faire cesser "le bruit et les courants d'air". Une autre source proche du constructeur assure que le problème se limite "à quelques portes au même endroit sur un nombre limité d'avions sans aucun problème de sécurité". Pour l'heure, ce problème concernerait 37 portes du pont supérieur et du pont principal sur plusieurs centaines déjà inspectées. Du coup, cette source affirme qu'il n'y a pas de conséquences lourdes et cela reste limité à de la maintenance. "Pas question de changer toutes les portes", assure-t-elle. Pour autant, cela dépend de l'âge de l'appareil et des cycles d'utilisation...

Un nouveau problème dont Airbus se serait bien passé et qui agacerait particulièrement le patron d'Airbus Fabrice Brégier. Surtout il pourrait affecter la rentabilité du programme si cela s'avérait plus important que ne le suggère l'avionneur. Un dossier à 1 milliard d'euros, estime même une des sources interrogées. Ce qui est démenti en interne. Mi-mai, le directeur financier, Harald Wilhelm avait confirmé que l'A380, qui a demandé d'énormes investissements, devrait atteindre son point d'équilibre en 2015, sur la base de 30 livraisons en 2014 et autant l'année prochaine. Le programme est entré dans une phase de maturité, selon lui, et le constructeur s'attache à remédier à des problèmes apparus sur six ans d'expérience.

Problème de fuite
Un appareil A380 de la compagnie aérienne Singapore Airlines (SIA), assurant la liaison entre Singapour et Hong-Kong a dû rebrousser chemin le 9 mai dernier après que les pilotes ont été alertés sur un problème de fermeture de porte de la soute à bagages. En janvier, un des appareils A380 de la compagnie a été forcé de faire un atterrissage d'urgence à Bako, en Azerbaidjan, à la suite d'une dépressurisation en cabine. La compagnie aérienne avait alors indiqué que son enquête se concentrait sur la porte principale qui a semble-t-il souffert d'une fuite.

L'A380 toujours plébiscité par Emirates
Début juin, le PDG d'Emirates Tim Clark, certainement au courant des problèmes de portes, a largement plébiscité l'A380, l'avion vedette de sa compagnie et rejeté l'éventualité d'acheter des Boeing 747-8. L'A380 "est extrêmement coûteux", ses moteurs qui datent du début des années 2000 étant moins performants que les réacteurs de dernière génération, avait déclaré Tim Clark à quelques journalistes à Doha. Mais cet avion "demeure largement populaire. Quand on opère cet avion, il est plein", a-t-il ajouté, soulignant que les passagers demandaient à voler sur cet appareil en particulier.

Lorsque le super Jumbo est bien aménagé et qu'il offre de bons services, il est rentable pour les compagnies. Ce qui est encore le cas aujourd'hui pour Emirates, a-t-il expliqué tout en exhortant Airbus à produire une version modernisée avec de nouveaux moteurs moins énergivores. Si l'A380 neo (pour "new engines option") était produit, l'économie serait de 10 % à 12 %, a-t-il estimé.

Revenant sur sa dernière commande de 50 A380 annoncée en novembre dernier au salon de Dubaï, il a expliqué qu'il comptait en transformer la moitié en A380 neo. "S'il (Airbus) ne produit pas le neo, nous garderons les 25 dans leur ancienne version", a-t-il néanmoins précisé.

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